CHAPITRE III
ÉTAT SOCIAL. — LE BRIGANDAGE D'auTREFOIS. LE CALME ET LA SÉCURITÉ d'aUJOURD'huI.
11 Signor, che pacifico asilo ïi volea di concordi fratelli, Sol di cerve e di muffoli imbelli Ti fè stanza, o diletta dal sol.
Ma schernire il disegno di Dio Osô l'uomo, e fu misero ostello Di nemici quest' Eden novello Di vendette quest' ilare suol.
GlUSEPPE MuLTEDO.
Le grand obstacle au progrès matériel de la Corse, jusqu'à des temps encore récents, a été, sans doute, l'état social anormal de l'île. Il était si exceptionnel, si étrange, si contraire à celui" qui règne dans le reste de l'Europe que probablement le monde entier n'en offrait pas de pareil. La vendetta, qm le caractérisait, détruisait par la base tout esprit d'entreprise, toute prospérité publique
La vendetta est un système de vengeance à mort qui existe depuis des centaines d'années en Corse et qui, jusqu'à tout récemment, était reconnu et approuvé par presque toute la communauté, même par les minis tres de la religion les moins éclairés Son o. igme est obscure, mais on peut la rattacher aux f^'icrres, aux dissensions qui existaient toujours
dans l'île, divisant les familles et les communes, armant l'un contre l'autre. On peut encore l'attribuer à la faiblesse de l'autorité, et à la difficulté d'obtenir la justice, un état de choses qui laisse à chaque individu le soin de venger lui-même les injures dont il souffre. Tous les Corses portaient des armes à feu. Si un homme se croyait insulté par un autre, n'importe comment, quelque triviale qu'en fût la cause, il le tuait à coups de fusil. Dès ce moment la famille de l'homme tué se regardait comme obligée par l'honneur de poursuivre le meurtrier, ou à son défaut un membre de sa famille, pour en tirer vengeance. Sang pour sang était la devise ; la loi du talion. Cette obligation descendait d'un membre de la famille à un autre, jusqu'à la fin. Souvent, tous les membres des deux familles étaient anéantis. Des villages, des communes entières, prenaient sur eux la cause d'un de leurs membres contre d'autres villages, d'autres communes, et dans l'absence d'un ennemi public ils se massacraient ainsi 1 un l'autre
Un curé très-intelligent, desservant une commune cachée dans le centre de l'île, me dit que la plupart de ces dissensions avaient leur origine dans la jalousie. Le sentiment universel était qu une insulte faite à une femme devait être lavée dans le sang de l'offenseur par les parents maies, pere, frère mari. Ce sentiment, me dit-il, était si gênerai ci^ si les lois étaient modifiées, devenaien moin inexorables, il ne doutait pas qu'il n'y eu autant d'assassinats qu'autrefois, et par consequen autant de réfugiés à la montagne ou bandits. C était