LA VENDETTA
presque toujours pour échapper à la loi, après un forfait de ce genre, que l'on se réfugiait à la montagne et que l'on devenait bandit. S'il n'y avait pas de parent mâle pour les venger, les femmes corses prenaient souvent sur elles de se venger elles-mêmes.
Cette dernière assertion est pleinement vérifiée par un fait qui venait de se passer à Corte, lors de l'une de mes visites en Corse. En avril 1865 il y avait trois femmes en prison pour avoir tué leurs amants. Une d'elles, une belle jeune fille de vingt ans, avait tué son amant d'un coup de pistolet, sur le marché public de Corte, dix jours avant mon arrivée. Il l'avait abandonnée, après lui avoir promis trèssérieusement le mariage, et refusait d'accomplir sa promesse. Elle était en prison, mais un des habitants les plus influents de Corte me dit que l'emprisonnement était une simple forme , que l'opinion publique était tout à fait en sa faveur et qu'elle serait acquittée, ou tout au plus condamnée à une détention de quelques semaines. Tout le monde, lui-même compris, la regardait comme une très-ïioble et très-intéressante jeune fille, qui avait traité son amant infidèle comme il le méritait ! J'appris plus tard qu'en effet elle n'avait été condamnée qu'à trois mois de prison.
Cette fille, en revendiquantson honneur, ne faisait que suivre les traditions de son pays. Il y a quelques années une jeune fille d'Ota, dont le nom tant soit peu poétique était Fior di Spina, ou fleur d'Aubépine, tua son amant pour la même cause, son refus de l'épouser. Une de ses compagnes improvisa un « vocero» ou chant que je transcris, tant pour don-
ner une idée des sentiments des femmes corses dans de telles occasions que comme illustration de la langue qu'on y parle aujourd'hui. On s'apercevra que c'est un dialecte de l'italien,
YOCERO
Stamane ia piazza d'Ota T'hannu messu la curona Tissu ta in oro edin argen to, Secoadu la to persona Dopu stu colpu di pistola Che in Corsica risona.
Arrivata da u su babu Si vesti da gran guerriera Carca di ferru e di piombu Colla carchera e la tarsetta, Lu stilettu e la pistola, Dicendo : Oggi è u me sicretu
Quest' avîa un cuore d'un lione, D'una tigra allatata !
Ha âtesu la braccia colla pistola, Ed in capu la sbarata, Diceudo : Anima infidèle, La tu morte è preparata.
Deh ! portatemi a Tallano, Dove so i banditi più fleri, Giacomo e Santa Lucia, Quest cuori bravi e guerrieri, E con elli in compagnia, Girero boschi e sentieri.