‹ La Corse et la Sardigne [electronic resource]Chapitre 26 sur 102 · TRADUCTION LITTÉRALE · texte numérisé non relu

TRADUCTION LITTÉRALE

Ce matin sur Ja place d'Ota,

Us placèrent sur vous la couronne,

Tissue en or et en argent,

Selon la valeur de votre personne,

Après ce coup de pistolet,

Qui dans la Corse retentit.

Arrivée chez son père,

Elle s'habilla comme une grande guerrière.

Chargée de fer et de plomb,

Avec la boîte à cartouche et la tarsette,

Le stylet et le pistolet.

Disant : Aujourd'hui c'est mon secret.

Elle avait le cœur d'un lion,

D'une tigresse allaitant.

Elle étendit le bras avec le pistolet,

Et sur sa tête le déchargea,

Disant: Ame infidèle

Ta mort est préparée.

Maintenant, conduisez-moi àTallano

Où sont les bandits les plus fiers,

Giacomo et Santa Lucia,

Ces cœurs braves et guerriers,

Et avec eux en compagnie

Je parcourrai les bois et les sentiers.

Selon Gregorovius, qui a écrit en allemand un livre de voyage extrêmement intéressant sur la Corse, il y eut quatre mille trois cents meurtres en Corse entre les années 1821 et 1852 sur une population de deux cent quatre mille âmes. Dans

les deux dernières années de cette période le nombre en fut de trois cent dix-neuf. Le paysan osait à peine cultiver son champ, crainte d'être tué à la charrue, et sa vie souvent se passait à traquer ou à fuire un ennemi. Les femmes, élevées dans un sentiment sauvage de l'honneur, poussaient leurs maris et leurs fils à ces actes de vengeance féroce, chantant des chants (voceros) de triomphe si ces derniers étaient victorieux, ou de. lamentation s'ils étaient tués, du genre de celui que nous avons cité.

Beaucoup de Corses, dans ces jours-là, passaient des années entières de leur vie barricadés dans leurs maisons, qu'ils n'osaient quitter crainte d'ennemis acharnés après eux. On cite l'histoire d'un homme qui resta ainsi quinze ans barricadé dans sa maison. Un jour on lui dit que son ennemi s'était éloigné. Il sortit et traversa la rue, pour tomber raide mort d'un coup de fusil tiré par son adversaire qui avait passé quinze années à l'attendre ! Je lis connaissance moi-même à Isola Rossa avec un propriétaire, représentant d'une des premières familles de la Corse, qui me dit être resté, dans sa jeunesse, deux ans renfermé chez lui, dans l'étage supérieur de sa maison, pour éviter une « vendetta. » Une porte en fer sur l'escalier, à travers laquelle il pouvait, « faire le coup de fusil » en cas de besoin, le séparait de ses adversaires, acharnés à sa destruction.

Comment un pays pouvait-il prospérer dans de telles conditions? Le gouvernement français ne voulut jamais accepter l'idée chevaleresque de la vendetta corse, et déclara dès le premier jour qu'un homme tué dans ces circonstances était tout bon-

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