‹ La Corse et la Sardigne [electronic resource]Chapitre 27 sur 102 · LA VENDETTA. — LE BRIGANDAGE · texte numérisé non relu

LA VENDETTA. — LE BRIGANDAGE

nement assassiné. Si on le prenait, il était mis en \ jugement, et exécuté ou envoyé au bagne pour la vie. Cette manière « désagréable » d'envisager le point d'honneur corse n'eut pas la moindre influence sur l'esprit du pays. Les Corses continuèrent à tuer leurs ennemis comme auparavant, mhis, au lieu de se livrer à la justice, ils se retirèrent à la montagne, mirent la loi au défi, etdevinrent bandits. Au commencement de ce siècle il y avait mille hommes a à la montagne. » Le commandant de la gendarmerie à Ajaccio me dit qu'en 1855 il y en avait encore trois cents.

Ces hommes n'étaient pas des brigands comme on en trouve dans l'Italie, dans la Sicile, en Grèce et ailleurs. C'étaient des hommes honorables, qui avaient revendiqué leur sentiment du point d'honneur selon la coutume immémoriale de leur race, et avec l'approbation de la majorité de leurs compatriotes. Une fois dans la montagne, hors de l'atteinte des autorités, dans les forêts primitives du mont d'Oro, du mont Rotondo, dumontRenoso, ou du mont Inchudine, ils désiraient seulement vivre. Il tuaient le gibier; leurs amis et parents leur envoyaient des munitions et des vivres, tandis que les paysans et les bergers les aidaient à échapper aux poursuites des gendarmes. Ils menaient de la sorte une vie sauvage et indépendante, qui ne manquait pas de charme, n'attaquant jamais les voyageurs, ne faisant de mal à personne, tant qu'on les laissait tranquilles. On m'a dit qu'un voyageur, pourvu qu'il ne fût pas un ennemi, aurait pu même pénétrer parmi eux, sans crainte, avec

ses poches remplies d'or. Ils auraient pu lui de mander poliment une légère contribution, mais seulement s'ils avaient un besoin pressant. De temps en temps, cependant, il y avait des bandits moins scrupuleux, moins honorables, auxquels on n'aurait pu se fier.

Ce fut en vain que le gouvernement entretint un ou deux régiments de soldats dans l'île, et un corps nombreux de gendarmerie légère, accoutumée à la montagne, et à la guerre des montagnes. La vendetta était trop enracinée dans l'esprit corse, les montagnes étaient trop inaccessibles, et la population trop favorable à ces bandits « honorables » pour qu'on pût les exterminer. Aussi en 1854 on prit des mesures extrêmes, exceptionnelles, des mesures qui paraissent très-étranges pour notre siècle, notre époque, apphquées à un département de la France, mais il le fallait.

La Chambre vota deux lois. Par l'une toute la population fut désarmée, et le port d'armes de toute espèce fut défendu pour quelque motif que ce fût, chasse ou défense personnelle.

Aussi pendant bien des années on ne chassa pas en Corse. Un propriétaire ne pouvait prendre un fusil et tuer un lièvre, un oiseau, un gibier quelconque dans sa propriété, sans la permission du préfet. Quand cette permission était demandée et accordée, elle était donnée pour un, deux ou trois jours, sous le nom de battue, et des agents de police devaient s'y trouver. Tous les membres les plus influents et les plus éclairés de la société acceptèrent cette loi et firent volontiers le sacrifice de

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