CHAPITRE VII
ROUTES. — DE BASTIA A SAINT-FLORENT. — A l'ILE ROUSSE. — A CALVI. — DE CALYI A CORTÉ. — DE BASTIA A CORTÉ, — DE CORTÉ A AJACCIO. — DE AJACCIO A ÉVISA. — BOUTES FORESTIÈRES. — LE PITTORESQUE.
Sobria e forte una gente diffuse Su' tuoi monti di selve feraci, E di porti e di golfi capaci Le tue coste profonde scavô;
E segnal dei promessi destini, Testimonio dell' alta fortuna, Nel tuo gremio possente, la cuna Del maggior dei vissuti locô.
GiCSEPPE MULTEDO.
De Bastia partent les routes principales de la Corse, celles qui circonscrivent et sillonnent l'île.
La première, celle qui entoure la Corse, après avoir fait l'ascension du flanc oriental de la crête montagneuse qui forme le cap Corse, traverse sa base à une élévation de 500 mètres et puis descend à la rive occidentale, jusqu'à Saint-Florent. A partir de ce point, elle chemine à peu de distance de la mer ou sur la côte même , passe à Calvi, Porto, Evisa, Vico, Ajaccio, Sartene, sur la côte occidentale, atteint Bonifacio à l'extrémité sud de l'île, et puis revient à Bastia, en côtoyant
la côte orientale, et en passant par PorLo-Vecchio ,
Aleria et Casabianda.
Le parcours de Bastia à Saint-Florent est trèsbeau, et la route elle-même est parfaitement construite et très -bien entretenue, comme du reste sont toutes les grandes routes de la Corse. Je l'ai parcourue plusieurs fois, et chaque fois j'ai été ravi de la beauté des points de vue. A mesure que l'on s'élève, en quittant Bastia, la ville elle-même, la plage au nord et au sud, ainsi que la vaste mer se dessinent aux pieds du voyageur. S'il fait beau, à l'horizon, au milieu des vagues étincelantes on voit aussi les îles de Capraja, d'Elbe, de Monte-Ghristo. Lorsqu'on arrive à la cime de la montagne, la vue plonge des deux côtés, domine les deux mers et les deux versants du cap Corse. L'œil suit avec charme les sinuosités de la côte occidentale, plus accidentée, plus escarpée que celle que l'on vient de quitter. L'ascension est d'abord assez douce, la végétation riche, la culture soignée : céréales, Vignes, Oliviers, Figuiers ; mais, arrivé vers le sommet, les rochers calcaires se dénudent et viennent percer la terre. Ils étaient cependant tapissés en partie, quand je les vis en avril, de fleurs et d'arbustes sauvages, de Cistes ou roses des rochers, blanches et rouges, de Cytises, de. Coronilles, de Thym et de Romarin.
Saint-Florent n'est qu'une bourgade avecunpetit port au fond du golfe de ce nom. Isola Rossa ou lie Rousse est une petite ville fondée par Paoli dans le siècle dernier. Le port est assez profond et assez protégé pour que des bateaux à vapeur de Marseille
ISOLA ROSSA. — CALVI, 85 puissent y faire escale. Ils arrivent une fois par semaine et font communiquer toutes les vallées et tout le pays qui se trouve sur le versant occidental nord de la Corse avec la France. Isola-Rossa est ainsi le débouché naturel des denrées agricoles de ces pays. Les environs de la petite ville sont pittoresques, mais sur la côte les arbres sont inclinés vers le nord-est, ce qui indique la prédominance de forts vents du sud-ouest. Aussitôt que l'on s'éloigne de la mer, toutefois, les arbres se redressent, et dans des vallées protégées, à un kilomètre de la ville, je trouvai une végétation exceptionnelle, Orangers et Citronniers. Les fèves et le seigle étaient mûrs (23 avril) et les platanes étaient en feuilles. Il n'y a qu'une toute petite auberge. Les maisons sont toutes de mince apparence, excepté un grand château carré, à l'entrée de la ville, qui appartient à un frère de M. Piccioni, de Bastia. Je fus reçu par lui avec beaucoup d'aménité.
Galvi, 011 j'arrivai en quelques heures, est un vieux port de mer, occupé pendant des siècles par les Génois , auxquels la ville resta « toujours fidèle. » Sa devise « Semper /îdelis » se voit encore au-dessus de la porte d'entrée. Elle occupe un promontoire qui forme un côté d'une baie profonde et sûre. Le haut de la ville est encore aujourd'hui un amas de ruines , de décombres , traces d'un siège qu'elle soutint à la fin du siècle dernier. Elle fut bombardée en 1794 parNelson, qui y perdit un œil. L'impression qu'on éprouve est étrange en se promenant au milieu de rues dont les maisons, à moitié écroulées, portent les indices d'un bomba'r-
8fi LA CORSE,
dément qu'on dirait tout récent, quoique presque un siècle se soit écoulé depuis qu'il a eu lieu. Audessous de ces demeures ravagées, dévastées par le canon et les bombes, se trouvent les petites maisons de la ville moderne.
De l'autre côté de la baie, au nord-est, on voit une plaine assez é tendue, bordée par un demi-cercle de hautes montagnes granitiques, couronnées par laneige. Des flancs de ces montagnes découlent plusieurs rivières ou torrents qui, comme d'habitude, ont converti la plaine d'alluvions, à leurs pieds, en un foyer de fièvres. De là la mauvaise réputation sanitaire de Calvi. Dans la partie de la plaine la plus proche de la baie, on a récemment fait de grands travaux de drainage qui l'ont déjà rendue beaucoup plus saine. La plaine est couverte de la végétation sauvage et vigoureuse ou maquis, qm, comme nous l'avons vu, envahit tous les terrains incultes. Ainsi, nous y trouvons, dans un fourré inextricable, le Myrte, l'Arbousier, le Lentisque, la Bruyère méditerranéenne {Erica arborea), la Rose des rochers.
On croirait que les terrains ainsi occupes par une végétation active devraient être sains, mais il paraît qu'il n'en est rien, une végétation touffue e active ne suffit pas pour assainir ces plames. 11 faut les défricher,' les drainer et il faut encore endiguer les torrents. M. Piccioni, d'Isola Rossa, me dit qu'il avait acheté une propriété assez considérable dans cette plaine, voisine de Calvi dans un endroit réputé très-malsain. 11 y avait entrepris de grands travaux de défrichement, comme uneleçonà ses compatriotes, etl'avait amsi presque