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LA BALAGNE

complètement assainie. D'un autre côté, les terres ainsi défrichées s'étaient montrées extrêmement fertiles, de sorte que la leçon philanthropique promettait devoir être un placement fructueux. Le prince Pierre-Napoléon a aussi une grande propriété dans les environs de Calvi, où il se livre à de grands travaux d'amélioration.

Lors de ma dernière visite, la route de Calvi à Porto Eusa et Ajaccio n'était pas achevée. Cette route est maintenant terminée et livrée à la circulation, de sorte que Calvi et son port sont reliés à Ajaccio par une bonne route carrossable. Elle traverse un des pays les plus pittoresques de la Corse, franchit plusieurs arêtes granitiques, qui, partant de la chaîne centrale, descendent à la mer. Elle contourne des vallées ombragées par des forêts primitives, et fait ainsi rentrer dans la vie commune des pays riches en ressources naturelles, mais autrefois perdus^ séparés du monde par la ^conformation géographique du pays.

De Calvi il y a une route qui traverse la riche Balagne, et rejoint Corté dans le centre de la Corse. Une diligence la parcourt tous les jours, et deux fois j'ai fait ce voyage avec un plaisir extrême.

En quittant Calvi, on reprend la route suivie en arrivant, que l'on abandonne peu après pour se diriger au nord-ouest et gagner la Balagne. Ce pays, à la base ouest de la chaîne granitique, se compose de montagnes peu élevées, de belles vallées, de petites plaines encaissées, à fond calcaire, d'une extrême fertilité. Il regorge d'Oliviers, d'arbres fruitiers, de Vignes, de céréales, le produit ordinaire de

ce genre de terrains, quand ils sont recouverts d'un peu d'humus, de terre végétale, et qu'il y a de l'eau. Aussi les villages sont nombreux et trèspopuleux. Puis, vers la fin de la journée, nous entrâmes dans une sombre vallée schistique, nue et sauvage, pour aller gagner la route de Bastia à Corté, àPonte-Leccia. Il n'y a guère à Ponte-Leccia •que l'auberge des relais, mais on nous dit que dans le voisinage il y avait des mines de cuivre qui donnaient un bon rapport. La vallée inculte que nous venions de traverser est très-malsaine, quoique à une certaine élévation. Notre conducteur y avait attrapé une fièvre qui le minait et qui l'obligerait, me dit-il, de quitter l'île pour le continent. Il avait en effet très-mauvaise mine, rien que la peau et les os, et je l'engageai à ne pas retarder son départ, car les chaleurs approchaient.

Dans les villages de la Balagne, je vis pour la première fois des maisons à toits plats. C'est une indication du Midi, de l'Orient, une preuve que les chaleurs de L'été sont tellement fortes que les habitants se réfugient sur les toits de leurs maisons, la nuit, pour y dormir. Presque toutes les maisons indigènes que j'ai vues en Afrique, en Algérie, à Tunis, sont ainsi construites.

Une autre preuve de grandes chaleurs pendant l'été est la présence et le volume énorme des Caroubiers. Le Caroubier est un arbre qui ne vit et ne devient florissant qu'autant que la chaleur de l'été est très-forte. Il peut supporter une certaine dose de froid l'hiver, mais il lui faut une chaleur tropicale l'été. Aussi le trouve-t-on en grand nombre, et

CORTÉ. 89

florissant, en Syrie et dans la Palestine, ainsi que dans l'amphithéâtre de Menton, dans la rivière de Gênes. J'en mesurai un, dans les environs de Ponte- Leccia, dont le tronc avait près de sept mètres de contour à un mètre delà terre.

Bientôt après nous arrivâmes à Corté, ville trèsintéressante. Située dans une petite vallée ou plaine à 500 mètres d'élévation, entourée de montagnes de presque tous les côtés, et composée de maisons de médiocre apparence. Corté n'offre pas grand attrait par elle-même, mais elle est pleine de souvenirs historiques. A l'abri de coups de main et d'attaques maritimes, par sa situation au centre de l'île, Corté a été de touttemps la capitale patriotique delà Corse.

Les maisons anciennes sont chétives sans présenter aucun caractère local. Celles qui sont modernes sont de grandes bâtisses ou hôtels, de quatre ou cinq étages, à l'instar de Paris ou de Lyon. Il en est de même dans toutes les villes de l'île, partout où l'on construit des maisons neuves, à Ajaccio, à Sartène et à Bastia. Il en est de même en Algérie, à Alger et à Oran.

Il me semble qu'en construisant ces maisons ou hôtels gigantesques, divisés par étages, en petits appartements comme à Paris, on perd de vue entièrement le climat des pays où l'on reproduit ainsi les constructions du Nord. On doit étouffer de chaleur et de manque d'air dans ces petites chambres ouvertes au soleil. Les Arabes, les Maures, que nous méprisons, entendaient bien mieux leur climat. Ils construisaient des maisons basses, carrées, sans fenêtres extérieures, avec un jardin au centre. Toutes

les fenêtres donnaient sur ce jardin émaillc de fleurs, et orné de fontaines. Dans les grandes chaleurs de l'été ils échappaient aux rayons ardents du soleil, et y trouvaient l'ombre et la fraîcheur. Quelle différence il doit y avoir, dans la canicule de ces pays brûlés par un soleil féroce, entre une maison de ce genre, une maison maure de Séville, de Tunis ou d'Alger, et un appartement parisien avec fenêtres parisiennes, en plein Midi, comme on les voit partout où pénètrent les architectes et les idées architecturales du Nord, môme sur le littoral sud de la Méditerranée.

Un reproche que je ferai aux autorités municipales de Corté, c'est qu'ils semblent autoriser les habitants nombreux de ces grandes maisons à jeter toutes leurs immondices par la fenêtre, sur l'arrière. Derrière chacune d'elles il y avait un cloaque infect produit de cette façon. Pendant tout le temps que je restai à l'hôtel, je voyais à chaque moment, car nous dominions le derrière de ces maisons, des personnes s'approcher des fenêtres et jeter leurs immondices, leurs eaux mortes au dehors. Je fis la connaissance de plusieurs médecins et ils me dirent qu'il y avait beaucoup de fièvre typhoïde à Corté. En leur indiquant cet état de choses comme une cause plus que proijable d'épidémie de ce genre, ils me répondirent que c'était possible, mais que c'était l'habitude du pays, et qu'il serait difficile de la changer. Je vis la même incurie hygiénique, les mômes habitudes à Ajaccio et à Sartène, mais portées à un degré beaucoup moindre qu'à Corté.

Il y a un vieux château' historique à Corté qui

LE CHATEAU Dt5 CORTÉ.

mérite une visite. 11 est situé sui- uue colline et do- °f„e un torrent qui passe rapidement à coté de a mine un lo château était repute

r 'fort d "ut le^as e a été maintes fois assiégé, resu'ol' n, beaucoup de traditions patriotiques I rs d'une de mes visites je trouvai renfermes dat ee château quatre cents prisonniers arabe , uris en Algérie. Cela me serra le cœur de von ces entants du désert, aux grands yeux noirs à la peau brm"il par le soleil, enveloppés de leur l>ournons, seTom^nant . pas lents dansles cours du château ouî^demi couchés le long des remparts. Sans doute nIrèTaient à la liberté, aux plaines sablonneuses de e Jpâ ic chérie. Les yeux llxés sur les montagnes mijestueuses qui se dessinaient à l'horizon ils en parcouraient, en imagination, les pentes e le fo rèts libres comme l'air. Quelques-uns smvaicnt nos pas du regard, avec une expression en même temp Sancohque et inquiète, comme s'ils nous enm.ent notre pouvoir de sortir de leur prison^ e fi^ content de m'en aller, soulagé de ne plus les voir. Trouver des prisonniers dans la libre, sauvage Corse me semblait un anachronisme, une tache sui te pays. Les pauvres Arabes restèrent encore une longue et triste année renfermés dans le viei« château delà montagne, et puis ils furent libères, lors de la visite de l'empereur en Algérie.

DE CORTÉ A AJACCIO.

La grande route de Corté i Ajaccio traverse

Chaîne granitique centrale de l'île, au milieu d'un paysage enchanteur, montagnes, forets, eaux. La plus grande élévation atteinte est à la Foce, à 1,200 mètres ou plus, au-dessus de la mer. Après avoir passé Vivario, une grande bourgade alpestre, la route s'élève rapidement pour franchir la chaîne centrale par une dépression entre le mont Rotonde et le mont d'Oro, qui ont tous les deux près de 3,000 mètres d'élévation, et dont les cimes sont couvertes de neiges éternelles. De grands pins [Pinus Laricius) qui couvrent le flanc de ces montagnes s'élèvent vers les cieux à une hauteur prodigieuse. Des torrents, blancs, écumeux , se précipitent en serpentant dans la vallée, entretenus par la fonte des neiges. Le bord de la route était émaillé de fleurs printanières et surtout de Cyclamens pourpres et blancs, aussi nombreux que les Pâquerettes du Nord, de Cytise, de Lavande des montagnes, de la. Rose des rochers, de Genêt épineux. Ces fleurs apparaissaient partout sur les roches que réchauffaient les rayons du soleil A l'ombre des forêts, des sources jaillissaient des fentes rocailleuses; des flaques d'eau croupissant dans des poches granitiques, entretenaient la fraîcheur et donnaient la vie à des mousses épaisses et touflues. A mesure que nous montions, nous laissions derrière nous les châtaigniers et les pins pour trouver les arbres du nord de l'Europe, les Hêtres, les Chênes et les Bouleaux.

Dans mes voyages en Corse j'ai eu, comme je l'aidit, un double but. D'abord je désirais trouver des stations d'hiver pour les émigrés maladifs du Nord, ensuite je voulais découvrir- des refuges alpestres

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