‹ La Corse et la Sardigne [electronic resource]Chapitre 45 sur 102 · STATION DE MONTAGNE-FOCE · texte numérisé non relu

STATION DE MONTAGNE-FOCE

contre les chaleurs de l'été pour ceux qui, après avoir passé l'hiver au Midi, ne peuvent pas ou ne désirent pas remonter au Nord l'été.

Dans la latitude de la Méditerranée comme nous l'avons vu, il faut s'élever à une hauteur de 1 ,300 ou de 1,400 mètres pour échapper aux grandes chaleurs des mois de juin, de juillet et d'août. Une moindre élévation tempère ces chaleurs, mais ne donne pas la fraîcheur jour et nuit. Quoique le littoral nord delà Méditerranée soit bordé de montagnes qui atteignent cette élévation, et quoique les. grandesîles en contiennentpresque toutes, nullepart jusqu'à présent on n'en a profité pour établir des stations d'été, comme on le fait en Suisse et en Tyrol, et comme les Anglais le font dans ce moment, dans toute l'Inde. C'est dans ces vues que j'ai proposé au gouvernement anglais d'établir une maison de santé, sur les flancs du mont Etna même, en vue de Malte.

Or, il me semble avoir découvert à la Foce un endroit ravissant, en tout propice à une station de ce genre. Ily a l'élévation voulue, il y a une petite plaine nivelée où l'on pourrait établir les bâtiments nécessaires, et de grandes montagnes encore bien plus élevées, qui la protègent au nord et au sud. Je l'ai traversée deux fois au commencement de mai, et chaque fois j'ai été tellement ravi de la beauté du site, que j'ai eu de la peine à ne pas abandonner la diligence et mes compagnons pour y rester. L'air était pur et frais, les montagnes environnantes, majestueuses et couvertes d'arbres qui montaient, en rangs serrés, sur leurs flancs escarpés jusqu'au niveau des neiges éternelles, tandis que tout autour

nous avions la végétation de nos pays septentrionaux. Mais il n'y a qu'une méchante et sale auberge, un simple relai, et il fallut chaque fois passer outre. La diligence de Bastia à Ajaccio, et d'Ajaccio à Bastia passant deux fois tous les jours, établirait des relations faciles avec les deux grandes villes de la Corse, s'il y avait ici une station d'été. Ce serait un séjour enchanteur, à l'abri des fièvres, au heau centre de toutes les grandeurs, de toutes les majestés de la nature. Aussi, à moins qu'il n'y ait des conditions défavorables que je ne puis deviner, il me semble qu'on n'aurait qu'à y établir un simple hôtel-pension, comme en Suisse, pour qu'il se remplît et devînt un succès financier. Les Corses euxmêmes y viendraient une fois qu'ils en auraient appris le chemin. Deux ou trois mois passés à l'ombre de la forêt primitive, au milieu de cette végétation du Nord, respirant l'air pur et frais delà montagne, leur donneraient une nouvelle vie.

Toutefois, je ne suis pas certain s'il ne faudrait pas négliger les nationaux dans ce calcul. L'idée de passer trois mois au sommet de leurs montagnes pourrait les faire frissonner. Puis seraient- ils entraînés, enthousiasmés par la beauté du site? J'ai été souvent surpris de voir combien peu la plupart des babitants du Midi apprécient le pittoresque, les beautés grandioses de la nature. Les gens du Nord voyagent par monts et par vaux dans le seul but de voir la nature dans sa beauté la plus sauvage. Ils s'exposent à mille fatigues, à mille dangers pour voir un point de vue, une cascade, un lac alpestre, un pic neigeux. Dans ces endroits il est bien rare de

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