L'AMOUR DU. PITTORESQUE
trouver un natif du Midi. Je me rappelle avoir entendu un grand seigneur italien discourir à ce sujet. C'était un homme éclairé, raffiné, rempli de connaissances littéraires et scientifiques. Il nous dit : « Je n'ai jamais pu comprendre le motif qui fait courir les montagnes aux gens du Nord. Donnezmoi un motif légitime, un fait de Botanique ou de Géologie à éclaircir, et je suis tout disposé à encourir n'importe quelle fatigue, quel labeur. Quant à m'épuiser toute une journée en vue de l'ascension d'une montagne, seulement pour regarder autour de soi, voir des rochers nus et une nature aride, et puis descendre, je ne le comprends pas, je ne l'ai jamais compris, je ne l'ai jamais fait et je ne le ferai jamais. »
Aussi, dans ces pays du Midi, on trouve rarement les individus qui composent les hautes classes, loin de leur domicile, des cités ou des propriétés dans lesquelles ils demeurent, ou de stations thermales. On ne les voit pas dans les forets vierges, dans les montagnes sauvages, et, quelque belles que soient ces dernières, on n'y trouve pas de logement, pas d'abri, parce que personne ne les fréquente, à moins que l'émigration du Nord ne les ait découvertes et adoptées.
Cette différence entre la manière d'envisager la nature sauvage ne tient certainement pas à ce qu'elle ne soit pas belle dans le Nord, et à ce que les gens du Nord soient obligés de s'expatrier, de descendre au Midi, pour trouver de beaux paysages. Pour mo la nature du Nord, en plein été, avec ses beaux arbres, sa belle verdure, ses lacs, ses eaux courantes.
ses cascades, est plus belle que dans le Midi. Dans le Midi la végétation est, le plus souvent, infiniment moins vigoureuse, la terre et les rochers sont souvent nus, brûlés, moins pittoresques en un mot : mais il faut ajouter qu'il y a au Midi le soleil qui dore tout de ses rayons, et jette un charme sur le paysage le plus aride.
Il est curieux d'observer que l'amour du pittoresque dans la nature et son appréciation enthousiaste, sontle résultat de l'éducation etd'un raffmementde sentiments , qui appartiennent aux temps modernes. Les gens ignorants, non cul tivés, comme les paysans, semblent vivre au miheu des beautés les plus grandioses de la nature sans les voir, sans les apprécier.- Ils les regardent le plus souvent stupidement comme les animaux, les brebis, les bœufs qu'ils soignent. J'ai été frappé aussi en lisant les poètes, les écrivains des temps passés, même ceux du siècle dernier, de voir combien peu ils semblent apprécier les plus 'beaux paysages, comparativement aux auteurs modernes. Ainsi à leurs yeux une plaine couverte de bruyères, une lande déserte, est sauvage, nue, mélancolique. Une montagne à pic est sombre, aride, menaçante. De nos jours les idées suggérées dans l'esprit d'un poëte, d'un admirateur de la nature par ces mêmes sites sont bien différentes.
De Vivario partent plusieurs routes forestières. Ce sont des routes récemment construites, ou en construction, qui ont pour but, soit de pénétrer dans les forêts primitives qui couvrent encore une partie de l'île afm d'en faciliter l'exploitation, soit de relier entre ellesles régions montagneuses et peu habitées.