PORTO VECCHIO
brité des terrains fertiles dans le présent. Après avoir atteint et traversé deux contre-forts granitiques de la chaîne centrale, nous descendîmes sur l'ancienne ville de Porto Vecchio.
Porto Vecchio n'est guère aujourd'hui qu'une bourgade, mais autrefois, du temps des Romains, elle était une ville importante et peuplée. Le port, dans ce temps-là très -beau, maintenant envasé, se trouve au fond d'une belle et grande baie ou golfe formé en grande partie par l'avant-dernière arête granitique orientale, qui s'avance et se perd dans une mer profonde, comme cela a lieu sur la côte occidentale. Plusieurs rivières èt torrents versent leurs eaux dans le golfe et dans le voisinage de la ville, donnant naissance à des marais, des étangs, qui l'environnent de tous les côtés, et la rendent très-malsaine. Aussi est-elle à peu près abandonnée pendant les chaleurs de l'été. A partir du mois de juin, les habitants se réfugient dans les montagnes, où ils passent l'été dans un « dolce far niente. » Presque tous ceux qui restent dans la ville gagnent la fièvre .
Cependant, comme la baie de Porto Vecchio est le seul abri, le seul port de refuge sur toute la côte orientale de la Corse depuis Bastia jusqu'à Bonifacio, elle est le centre d'un mouvement commercial et maritime assez actif, malgré .son mauvais climat. Autrefois, sans doute les plaines étaient draiiiées et les rivières endiguées et protégées à leur entrée dans la mer. Autrement, les conditions climatériques étant les mêmes, la ville aurait été aussi malsaine alors qu'aujourd'hui, tandis que les écri-
vains classiques et autres n'en font pas mention.
Cette remarque s'applique à toutes les autres stations du littoral de la Méditerranée occupées par les Romains, en Italie, en Grèce, en Afrique. Il est à présumer que partout ils firent les travaux d'assainissement jugés nécessaires aujourd'hui : le drainage des plaines et la protection de l'embouchure des rivières. Dans la suite des siècles les traces mêmes de leurs travaux ont été perdues. La nature a partout regagné ses droits, et la fièvre règne en maîtresse dans les plaines qui sont à l'embouchure de toutes les rivières de la Méditerranée. C'est ainsi que, dans un voyage en Asie Mineure, je trouvai les vastes ruines de la ville d'Éphèse dans une plaine, à quelques kilomètres de la mer, tellement malsaine, par suite du débordement de la rivière qui les parcourt, que l'on ne peut pas y coucher une nuit sans gagner une fièvre grave. Autrefois une population de plusieurs centaines de mille âmes y vivait, on peut le présumer, en bonne santé, mais sans doute tous les travaux qu'exigeait la salubrité du pays étaient alors exécutés et entretenus.
Peu de temps après avoir quitté Porto Vecchio nous abandonnâmes le sol sablonneux, pour passer dans les formations secondaires et calcaires de la partie orientale de la Corse. La route à partir de ce point longe la côte, passant à travers des plaines formées par le détritus de la chaîne de montagnes calcaires, ainsi qu'à travers des terrains tertiaires et d'alluvion. Ces plaines sont basses, plates et très-fertiles, cultivées en prairies ou en céréales. La végétation était celle des belles prairies