ERREURS HYGIÉNIQUES
un résultat si favorable que la mortalité n'est maintenant que de 3 1/2 pour cent ou de trente-cinq sur mille au lieu de six cent soixante-cinq ! Je tiens ces détails du docteur Tavera lui-même, aux efforts énergiques et éclairés duquel beaucoup de ces résultats favorables sont dus.
Il semble presque incroyable qu'une résistance aussi opiniâtre et aussi insensée aux doctrines de la médecine pratique, fondées sur l'expérience, puisse exister de la part de gens de l'autorité, et qu'il leur soit permis de précipiter ainsi dans l'éternité des centaines, des milliers d'bommes. Mais des faits pareils arrivent partout, à chaque moment. Ainsi au commencement de la guerre de Crimée, une division de l'armée anglaise débarqua à Varna sur la mer Noire. Le général qui la commandait M camper toute la division sur le bord d'un lac marécageux afin d'avoir de l'eau facilement, malgré l'opposition de tout le corps médical. Ce lac, que j'ai visité dans un de mes voyages, est très-malsain et offre pour l'œil du médecin qui connaît le midi de l'Europe toutes les conditions ordinaires possibles d'insalubrité. En très-peu de temps les troupes furent en proie aux fièvres paludéennes qui les décimèrent ! En 1869, un régiment anglais qui était au Cap de Bonne-Espérance fut transféré par son colonel à l'île Maurice, alors le siège d'une épidémie meurtrière de fièvre, malgré les remontrances de tout le corps médical. Le régiment perdit plusieurs centaines d'hommes en très-peu de temps, comme l'avaient prévu et prédit les gens de l'art. Dans tous les pays, l'ignorance des lois sanitaires, la routine
iS2 LA CORSE.
et l'opiniâtreté des gens au pouvoir font des victimes de ce genre. A cela il n'y a qu'un remède, c'est de faire apprendre aux enfants au collège, les lois de l'hygiène, celles qui régissent la santé et la vie des hommes sains.
Quand on voyage dans ce beau pays, car la nature y est bien belle au printemps, au mois d'avril et au mois de mai, quand on vous dit que quelques semaines plus tard la malaria va appesantir sa main de plomb sur tous ceux qui l'habitent, on croit rêver. On a de la peine à comprendre que ces belles prairies verdoyantes, que ces beaux lacs ridés par le vent, dans lesquels se reflètent amoureusement les rayons du soleil, vont devenir funestes, qu'il faudra les fuir pour éviter la mort. Alors les beaux vers de Victor Hugo, qui sont à la tête de ce chapitre, viennent à l'esprit, et on se répète :
Comme dans les étangs assoupis sous les bois. . .
Puis on voit sous l'herbe florissante, sous les étangs souriants :
... la vase, — fond morne, affreux, sombre et dormant.
En quittant Casabianda j'arrivai bientôt à la route prise pour aller à Orezza que j'ai déjà décrite, et peu après je me retrouvai à Bastia, à mon point de départ dans mes explorations de la Corse.
Telle je trouvai la Corse, la plus belle île de la Méditerranée, un des plus beaux pays que j'aie jamais parcourus. Les trois mois de printemps que j'y ai passés lors de mes trois visites, furent pour moi trois mois de charme et de délices. La température était agréable, le temps magnifique, la na-