‹ La Corse et la Sardigne [electronic resource]Chapitre 75 sur 102 · LE VOYAGE. — LA MADALENA. — LE DÉTROIT DE BONIFACIO · texte numérisé non relu

LE VOYAGE. — LA MADALENA. — LE DÉTROIT DE BONIFACIO

Sombre Océan, du haut de tes falaises Que j'aime à voir les barques du pêcheur ! Et de les vents, sous l'ombre des mélèzes, A respirer la lointaine fraîcheur.

Sombre Océan, j'épuiserais ma vie A voir s'enfler tes vagues en fureur ; Mon corps frissonne, et mon âme est ravie; Tu sais' donner un charme à la terreur.

Sombre Océan, soit quand tes eaux bondissent, Soit quand, tu dors comme un champ moissonné, De ta grandeur nos pensers s'agrandissent. L'infini parle à notre esprit borné.

Émile Deschamps.

Le 19 avril 1874, je quittai Livourne pour Porto Torres, le port principal du nord de la Sardaigne situé à l'entrée du détroit de Bonifacio, devant toucher, en route, àBastià. Notre bateau à vapeur était un beau bâtiment, très-long et très-étroit,

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qui se balançait à la surface de la mer comme une coquille de noix, et fendait les eaux comme une flèche. Heureusement pour les passagers le temps était beau et la mer calme, car ces bateaux longs et étroits, quoique naviguant bien et consommant peu de charbon, roulent affreusement. Cette fois-ci, comme il m'est souvent arrivé dans mes voyages dans la Méditerranée, j'échappai à une tempête terrible, au moyen de mon baromètre de poche. Je devais m'embarquer le 15 avril, mais en consultant mon ami fidèle, le baromètre, je trouvai que dans la nuit il avait baissé de plusieurs centimètres. Obéissant à ce muet conseiller, je me ravisai, et j'allai passer quelques journées très-agréables à Florence, au milieu de ses galeries et de ses richesses artistiques. La tempête prédite arriva, et fut effroyable, mais trois jours plus tard, le 19, elle était passée et nous eûmes une mer calme, vérifiant le vieux proverbe déjà cité : après la pluie vient le beau temps.

Notre voyage de Livourne à Bastia fut, encore une fois, calme et agréable. Nous pûmes rester toute la journée sur le pont, examinant d'abord les belles montagnes de la terre ferme, celles de Carrare, dont nous nous éloignions peu à peu, puis celles de la Corse, qui devenaient de plus en plus majestueuses, à mesure que nous en approchions.

L'arrivée à Bastia eut lieu vers quatre heures de l'après-midi, et j'eus le plaisir de serrer la main à de vieux amis qui vinrent en bateau à ma rencontre. Leur accueil amical me fit regretter de ne pouvoir rester dans leur île hospitalière. Mais cette

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