CHAPITRE III
PORTO TORRES. — SASSAfil . — OSILIO.
Sur un chemin de fer, dont la double nervurej Aux miracles de l'art soumettant la nature, Courait .en noirs filets sur les monts nivelés, Les fleuves asservis et les vallons comblés, La machine de Watt, en sifflant élancée, Du bruit de ses pistons frappant l'air agité, Volait, rasant le sol, par la vapeur poussée.
Et défiant, dans sa rapidité, ' L'attelage divin par Homère chanté,
Comme une comète enflammée
Elle jetait aux aquilons
En épais et noirs tourbillons
Sa chevelure de fumée,
Et de cette merveille avides spectateurs Tous les peuples du voisinage Couraient saluer son passage De leurs transports admirateurs,
VlENNET.
Porto Torres n'est qu'un village composé dequelques maisons éparses, de quelques cabarets et de quelques magasins ou entrepôts. Par suite de la proximité des marais et d'un étang d'eau douce, Porto Torres est en proie à' la malaria, et tellement malsain, en été et en automne, que presque personne n'y reste. Le chemin de fer central de la Sardaigne, qui devra traverser toute l'île du nord au sud, y prend son^ point de départ et a été ouvert
jusqu'à Sassari depuis plusieurs années , sur un parcours de 18 kilomètres. Son existence a contribué à la dépopulation de Porto Torres; les passagers, aussi bien que les marchandises, étant à présent facilement transférés à Sassari à leur arrivée du continent.
La présence d'un chemin de fer, avec des wagons luxueux de première classe, jette sur une localité quelconque une telle empreinte de civilisation qu'il est impossible de ne pas se croire dans un pays au niveau du progrès moderne. Aussi il nous parut, à moi et à mes compagnons de voyage, que nous étions encore en Italie, sur la terre ferme, et nous arrivâmes à Sassari heureux et contents.
Dans les régions où les travaux gigantesques de la civilisation moderne n'ont presque point pénétré, où les habitants, répétant les traditions de leurs ancêtres, vivent bucoliquement de père en fils, comme leurs troupeaux, rien n'étonne comme l'ouverture d'un chemin de fer. Tout ce qui s'y rattache, les tunnels, les ponts, les remblais, leur semblent tenir du prodige, et quand la machine à vapeur elle-même, ce levier moderne de la force, arrive, leur étonnement est au comble. Les populations se transportent sur le passage des trains, et les préjugés et la routine qui partout marquent au front les cultivateurs du sol, s'ébranlent et commencent à céder.
Dans le midi de la Sardaigne, où il y a des chemins de fer récemment ouverts, il en était ainsi lors de ma visite; j'ai vu la même chose sur les bords du Danube, dans des endroits reculés, écartés, qui