‹ La Corse et la Sardigne [electronic resource]Chapitre 89 sur 102 · LES PLAINES INSALUBRES. — ORISTANO · texte numérisé non relu

LES PLAINES INSALUBRES. — ORISTANO

la ville, étant très-malsaine en été et en automne, est alors abandonnée par la plupart des habitants aisés; presque tous ceux qui y restent gagnant des fièvres graves.

Le Tirso est en partie cause de l'insalubrité d'Oristano et de la campagne environnante. Les tempêtes d'hiver amoncèlent des graviers et des sables à son embouchure qui empêchent le libre écoulement de ses eaux et de celles de ses affluents. Les eaux s'accumulant inondent les basses plaines de ces régions, donnant lieu à la formation des marais et des étangs nombreux qui s'y trouvent.

La ville est formée par un certain nombre de rues groupées autour de la vieille cathédrale, un édifice vraiment remarquable par ses vastes proportions et par son architecture. Cette cathédrale est tout à fait en disproportion avec la ville actuelle, comme cela se voit souvent en Italie, et témoigne d'une prospérité ancienne beaucoup plus grande que celle des temps modernes. Peut-être que toutes les ressources du pays furent consacrées à son érection pendant un siècle ou plus, comme cela arrivait dans le moyen âge. Du reste Oristano est une ville très-ancienne, et on y a trouvé, en faisant des fouilles, des vases et des statues qu'on rapporte à une très-haute antiquité, celle des Phéniciens, qui occupèrent le pays avant les Grecs, les Carthaginois et les Romains.

Dans le voisinage de la vieille cathédrale, il y a des rues habitées en grande partie par des nobles sardes, les représentants de très- anciennes familles. Beaucoup d'entre eux sont très-pauvres, et ne font

que végéter, quoique très-fiers de leur noblesse. L'été et l'automne, ils abandonnent la ville, comme nous l'avons dit, pour échapper à la malaria et s'en vont à leurs propriétés sur la montagne. Probablement que dans les temps anciens, lorsqu'Oristano était peuplée et florissante, la campagne environnante était mieux drainée et la ville plus salubre. Cependant les conditions géologiques et fluviatiles ont dû exister, plus ou moins comme aujourd'hui, depuis des centaines de siècles, et les habitants devaient autrefois souffrir et mourir de la fièvre à peu près comme aujourd'hui.

Dans les temps anciens, même dans le moyen âge, on ne semblait pas attacher autant d'importance à la vie qu'aujourd'hui. La vie moyenne était beaucoup moins longue, et les générations se succédaient plus rapidement. Il en est ainsi de nosjours dans tous les pays insalubres. Les jeunes héritent de bonne heure par suite de la mort prématurée de leurs parents, se marient de bonne heure, ont des enfants de bonneheure, et meurent, commeleurs ancêtres, de bonne heure. Ainsi l'humanité marche toujours et un pays insalubre ne se dépeuple pas.

La prospérité ancienne d'Oristano semble devoir renaître de nos jours. Il y a plusieurs nouvelles rues et beaucoup de nouvelles maisons. L'ouverture du chemin de fer a sans doute contribué puissamment à ce résultat. On parle de projets de drainage et d'endiguement de la rivière à son entrée dans la mer. En un mot Oristano, semble être entrée dans une voie de progrès.

Il y avait une fête, le jour de mon arrivée, et

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