L'OPÉRA. ITALIEN EN ITALIE
« l'Albergo » principal était rempli de monde. Heureusement j'avais une lettre d'introduction pour le maire de la ville, un vieux et très-aimable colonel sarde en retraite. lime prit sous sa protection, et me flt donner une bonne chambre, audessus d'un café, vis-à-vis un petit théâtre qui venait d'être construit et ouvert, avec une troupe d'opéra. On y reproduisait, à ce qu'on me dit, tous les opéras les plus en vogue, et cela avec beaucoup d'ensemble et d'entrain.
En Italie et dans les îles italiennes, la Sardaigne et la Sicile, presque toutes les petites villes ont leur Opéra italien. Les artistes ont le sentiment de la musique et chantent presque toujours juste, même si leur voix n'a pas une grande étendue. Ces petits théâtres servent d'école, de pépinière pour les talents commençants. Ceux qui montrent un vrai talent et dont la voix se fortifie et se perfectionne, aprèsy avoir gagné l'habitude de la scène, prennent leur essor et s'emparent des grands théâtres de l'Europe. Ceux dont la voix et le talent sont stationnai res et qui, toutefois, sont musiciens dans l'âme, restent et passent leur vie artistique dans les théâtres de ces petites villes italiennes, entourés toujours d'un auditoire sympathique et caressant, souvent enthousiaste.
Quoiqu'à Oristano même je ne vis nulle évidence d'un climat d'hiver exceptionnellement doux, une excursion aux vergers d'orangers à Milis, dans le voisinage, me prouva que la chaleur solaire y existait hiver comme été et qu'il n'y manquait que la protection contre les vents du Nord en hiver.
Milis est à une quinzaine de kilomètres au nordouest d'Oristano. Pour y arriver il nous fallut rebrousser chemin et parcourir de nouveau, pendant près de deux heures, la route par laquelle nous étions arrivés du nord. Le village est à trois ou quatre kilomètres de cette route, et on y arrive par un chemin vicinal abominable, pavé de grosses pierres inégales. Pour échapper au cahotement effroyable qu'elles occasionnent, il nous fallut descendre et marcher. Les vergers sont au pied d'une petite montagne, allant de l'est à l'ouest, qui donne la protection nécessaire contre les vents du Nord. Un ruisseau abondant, qui ne tarit jamais en été, descend de cette même montagne, passe au milieu et les arrose. Les orangers forment une véritable forêt d'à peu près quatre kilomètres de large sur deux de profondeur. Cette forêt est célèbre depuis des siècles par les oranges qu'elle produit, et qui se répandent dans toute la Sardaigne.
Une grande partie de la forêt appartient au marquis de Boyle, noble Sarde. Ces vergers^ protégés par la montagne contre les vents du Nord, sont assez loin de la mer, une dizaine de kilomètres, pour que les vents de mer ne leur arrivent pas. Les orangers n'aiment pas le vent, surtout s'il vient de la mer, mais ils aiment un soleil ardent, én été, et Milis étant exposé en plein au midi, le leur offre. Sous l'influence de ces conditions ils sont aussi florissants que dans les tropiques. Ce qui contribue puissamment à leur bien-être, c'est l'eau que fournit le ruisseau. Cette eau est assez abondante pour qu'on puisse arroser tous les orangers à fond, tous