‹ La Corse et la Sardigne [electronic resource]Chapitre 91 sur 102 · LA FORÊT D'ORANGERS A MILIS. 20J · texte numérisé non relu

LA FORÊT D'ORANGERS A MILIS. 20J

les quinze jours pendant les chaleurs et les sécheresses de l'été.

Je passai presqu'une journée dans cette admirable forêt qui me rappelait le jardin des Hespérides de la mythologie grecque avec, ses arbres couverts de pommes d'or. L'orangerie de Milis est vraiment digne d'être habitée par les nymphes Aglaé, Arethusa et Hesperethusa, les filles d'Atlas. Les arbres sont très-beaux avec des troncs de trente à quatre-vingts centimètres de diamètre près du sol : beaucoup d'entre eux doivent être très-vieux. Ils ne sont pas, toutefois, aussi beaux, comme arbres, que les orangers que j'ai vus à Milianah en Algérie. Ces derniers ne se divisent qu'à un ou deux mètres de la terre, tandis que ceux de Milis se divisent trèsbas en deux ou trois branches. Ces branches montent à une hauteur de quatre ou cinq mètres, pour se subdiviser ensuite et former une voûte de verdure composée de petites branches qui produisent les fruits. Cette voûte touffue protège la terre contre l'ardeur du soleil. En effet dans beaucoup d'endroits, il y avait de la mousse aux pieds des arbres, quoique la forêt fût en plein midi.

On me dit que ce système de culture était adopté afin d'entretenir la fraîcheur et l'humidité du sol, même pendant les plus grandes chaleurs de l'été, et que l'expérience des siècles leur avait démontré que c'était le meilleur. On ne donne jamais du fumier aux orangers, rien que de l'eau; la terre est une terre d'alluvion profonde. Le jardinier en chef me dit que les arbres venus de graines sont très-exposés à mourir au moment môme auquel ils cora-

mencent à produire abondamment, d'mie maladie qu'il appela secco. Les petites branches d'abord, puis les grandes, puis, en quelques années, tout l'arbre, se dessèchent et meurent, sans cause reconnaissable. Il me montra, çà et là, des arbres qui se flétrissaient et mouraient ainsi, au milieu d'arbres sains, tout à fait bien portants. Les arbres malades étaient tous des arbres. venus de graines, non greffés. Les arbres bien portants étaient tous greffés. Il en était arrivé à ne jamais planter des arbres non gref!es. Je mangeai plusieurs de ces oranges que je trouvai délicieuses.

Au milieu de l'orangerie je trouvai quelques beaux citronniers en plein rapport, les seuls que je vis en Sardaigne. Ils étaient protégés contre les froids d'hiver par la forêt qui les environnait. Sur la rivière de Gênes^ depuis Nice jusqu'à San Remo, les citronniers existent en grand nombre, couvrant le versant inférieur des montagnes, du côté de la mer, et cela sans aucune protection. Ils constituent le plus riche rapport agricole de cette partie de la rivière, et quoique plus délicats, quant au froid, ils craignent moins le vent, et surtout le vent de la mer, que les orangers.

L'inspection de la carte du golfe de Gênes en tête de cet ouvrage, montre combien est complète et admirable la protection donnée par les montagnes, contrs les vents du nord , à la rivière de Gênes.

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