IGLESIAS
Calma, severa, tacita, compatta, Ferma in arcione, gravemente iiicede La prima squadra, e diètrô al Re s'accampa In chinse file
Agili al corso, aspri alla lotta, adusti Le mascliie fronti aU'isolano sole Seguono i Sardi cacciator
CONSTANTINO NlGRA.
{La Rassegna di Novara.)
■ Iglesias est une petite ville de la région montagneuse qui forme le carré sud-ouest de la Sardaigne, région riche en minerais, et déjà fouillée par cinquante mines. Elle en est la capitale, le centre, le point d'appui pour tout ce qui regarde le travail des mines et les fournitures que réclame une population minière nombreuse. Le chemin de fer d'Oristano à Cagliari a un embranchement pour Iglesias qui rejoint la ligne centrale aune trentaine de kilomètres de Cagliari.
En quittant Oristano et en descendant au midi le chemin de fer passe à travers de vastes plaines marécageuses, qui semblent être presqu'au niveau de la mer. Les eaux qui découlent des montagnes qui
ferment ces plaines à l'ouest et à l'est, ne trouvant pas d'écoulement, ou s'écoulant difficilement par la rivière centrale, forment des étangs, des flaques d'eau, des marais. Dans une époque géologique comparativement récente, ces plaines ont dû être au-dessous du niveau de la mer, et la région sudest de la Sardaigne a dû être une île. Un rehaussement, dû probablement à l'action volcanique qui a laissé tant de traces dans la Sardaigne, a réuni les deux groupes de montagnes, celles de l'est et celles de l'ouest.
Malgré l'état marécageux de la plaine et son insalubrité extrême elle constitue évidemment une propriété dont on commence à s'occuper. Partout où la moindre élévation de terrain rend le drainage possible, on voit des essais sérieux de culture. De grands troupeaux de petits chevaux et de bœufs erraient çà et là, et semblaient accoutumés au bruit du chemin de fer. Ils ne s'enfuyaient pas à notre approche, levant seulement la tête pour nous regarder avec une curiosité paresseuse. Le train s'arrêta à quelques rares villages, encore occupés par leurs habitants, qui n'avaient pas encore pris la fuite pour se réfugier sur les montagnes, car la saison des fièvres n'était pas arrivée (25 avril). A chaque station il y avait une foule de paysans voyageurs, qui semblaient beaucoup apprécier ce nouveau mode de locomotion, et remplissaient les wagons de troisième classe , spacieuses voitures à deux étages, très-aérées, évidemment construites pour les grandes chaleurs. Les wagons de première et de seconde classe étaient les mêmes que chez nous.
HABILLEMENTS DES SARDES. - 207 Le costume pittoresque de ces paysans donnait aux stations une physionomie étrange.
Dans les villes les Sardes s'habillent comme sur le continent, comme partout, mais dans la campagne ils ont conservé le costume national qui est sombre et sévère pour les hommes. Les femmes, au contraire, affectent les couleurs gaies et portent des ornements et des bijoux. Il y a des différences notables pour les différentes locaUtés de 111e, mais on peut dire qu'en général les hommes portent : un gilet en cuir ou en laine, à bras, qui se croise sur la poitrine et se boutonne jusqu'au cou, une espèce de iupe en laine noire qui descend jusqu'aux genoux, des caleçons de laine ou de linge, et des guêtres en cuir Les cheveux, presque toujours d'un noir de jais, sont portés longs et flottants, ou ramassés dans un filet. Les femmes, les jours de fêtes, portent des corsages brodés en argent et en or, ouverts en avant, avec des manches à la grecque ; ces corsages, divisés aux côtés, sont mis sur des corsets aussi richement ornés. Les jupons sont larges, raides et plissés. Sur la tête elles portent un petit drap jaune, à bord rouge, qui retient les cheveux, ou un filet comme les hommes.
Peu après avoir quitté la ligne centrale du chemin de fer pour prendre l'embranchement d'Iglesias, nous commençâmes à monter presque imperceptiblement. Les étangs et les marais cessèrent de se montrer de chaque côté, et la terre devint ferme. Aussitôt des villages apparurent et autour d'eux se montrèrent la végétation et les cultures qui indiquent la présence de l'homme et les terrains fer-
tiles dans les régions méditerranéennes, oliviers, amandiers, pêchers, poiriers, vignes, céréales. Les paysans étaient tous vêtus de peaux de mouton, avec le jupon noir national en laine, des caleçons en laine et des guêtres en cuir. Ils étaient évidemment habillés pour le froid non pour la chaleur, et cela quoique nous fussions à la fin d'avril, en plein été pour nous. Mais ils connaissent le danger du plus léger refroidissement, même à cette époque de l'année, et continuent à porter leurs vêtements d'hiver pour l'éviter jusqu'en mai.
J'ai trouvé les mêmes habitudes en Algérie et en Tunisie, en avril et en mai, parmi les Arabes et les Maures . Connaissant le danger des refroidissements ils continuent à porter leurs vêtements d'hiver jusqu'à la fin de mai ou jusqu'au commencement de juin. En cela ils montrent plus de prudence que beaucoup d'entre nous au Nord qui mettons nos vêtements d'été aux premiers beaux jours du printemps.
La population sarde me parut partout belle et vigoureuse si ce n'est dans les endroits décimés par la fièvre. Les hommes sont mâles et bien faits, les femmes brunes, souvent jolies et attrayantes. Probablement que la grande mortalité des enfants en bas âge fait un triage à la mode de Sparte, et ne laisse guère exister que les plus sains, les plus vigoureux, destinés à devenir de beaux hommes, de belles femmes. On dit que les troupes sardes, les chasseurs sardes, sont parmi les meilleures de l'armée italienne. Ils ont beaucoup de courage et d'entrain, sont sobres et forts, de sorte que l'on peut