‹ La Corse et la Sardigne [electronic resource]Chapitre 99 sur 102 · CHAPITRE VII · texte numérisé non relu

CHAPITRE VII

d'IGLESIAS a CAGLIARI. — LA VILLE DE CAGLIARI. — LE JAllDIN PUBLIC. — CLIMAT DE LA SARDAIGNE. ÉTAT SOCIAL. — PRODUITS. — AVENIR.

Sortis du golfe de Palma par une mer miroitée et plane, — léger souffle d'ouest, à peine suffisant pour sécher la rosée de la nuit qui brille sur les rameaux découpés des lentisques, seule verdure de ces côtes déjà, africaines : — en pleine mer, journée silencieuse, douce brise qui nous fait filer six à sept nœuds par heure; belle soirée; nuit éiincelante; — la mer dort aussi.

Lamartine {Voyarje en Orieni).

Le lendemain je pris congé, à regret, de mes hôtes, à l'aimable réception desquels je devais tant, et je partis en chemin de fer pour Cagliari. Nous retrouvâmes bientôt la grande ligne, que nous avions quittée huit jours auparavant pour monter à Iglesias. Après avoir passé à travers des plaines basses, marécageuses et peu cultivées, après avoir côtoyé les rives d'un grand lac, sur les bords desquels se tenaient immobiles de grands flamingos rouges venus de l'Afrique, nous arrivâmes à Cagliari.

Cagliari est une assez belle ville, dans une position magnifique, posée sur un rocher à soixante mètres au-dessus de la mer. Elle n'est pas aussi malsaine

228 L\ SARDÂIGNE.

qu'Oristano quoique environnée d'étangs et de lacs ; mais ces étangs, ces lacs, étant remplis d'eau de mer, sont salés. Aussi ils ne semblent pas engendrer la malaria, les fièvres, comme les lacs d'eau douce. Quelques jours plus tard je trouvai Tunis dans les mêmes conditions, entre deux lacs d'eau salée, et on ne s'y plaignait pas de la malaria.

La différence est frappante, sous le rapport de la salubrité, entre les plaines basses et marécageuses qui s'étendent autour et au sud d'Oristano, souvent inondées par les rivières l'hiver, et les plaines également basses près de Cagliari, exposées aux invasions de la mer. Dans les premières, la malaria, « l'intempérie » , comme on appelle la fièvre d'accès, en Sardaigne, sévit avec intensité sous les formes les plus graves; dans les secondes, elle est beaucoup moins fréquente et moins funeste.

Cette fièvre est plus intense, plus grave en Sardaigne qu'en Italie et qu'en Corse, et se prolonge davantage en automne. Ainsi elle dure jusqu'au milieu ou jusqu'à la fin de novembre, au lieu de cesser en octobre comme dans ces derniers pays. Elle est surtout à redouter pour les étrangers, quoique les indigènes en souffrent aussi, s'ils restent dans les régions réputées malsaines.

Les habitants du pays observent pendant l'été les mêmes règles qu'en Corse. Ils ne sortent qu'une heure après le lever du soleil, ils rentrent avant son coucher, et, pendant les grandes chaleurs de l'été, ils font une sieste au milieu du jour. Tous ceux qui le peuvent quittent les plaines, en juin, et se réfugient sur les montagnes.

CÂGLIARI. - CLIMAT. - VÉGÉTATION. 229 Ouoiau'à plus de 200 kilomètres au sud de SaSet seulement . 200 ^on^^^^e^^ la végétation n'était pas plus avancée à Cagliari, et n'avait pas un cachet plus tropical, qu'au nord de la Sardaigne. Un vent du nord-ouest soivffla pendant tout le temps de mon séjour, du 1 au 3 mai et la température était fraîche et agréable. On me dit que presque toujours, pendant l'hiver et le printemps le vent souffle du nord-est ou du nordouest. Traversant les plaines centrales de la Sardai- ..ne ces vents refroidissent sensiblement 1 atmos- T)lièr6

Par' suite de ces conditions météorologiques, malgré la position méridionale de Cagliari, l'air y est frais, quelquefois froid en hiver. Il est en même temps humide, les vents du Nord passant sur une certaine étendue de mer pour arriver en Sardaigne; ainsi s'explique l'état de la végétation. Pendant mon séjour le thermomètre descendait chaque nuit au-dessous de 15 degrés centigrades et ne montait pas au-dessus de 20» à l'ombre, pendant la journée. Mais on me dit, toutefois, que si le vent tournait au sud, ce qu'il pouvait faire d'un jour a l'autre, la chaleur deviendrait très-grande. En juillet et en août elle monte jusqu'à 35° et 38°. La chaleur des rayons solaires est alors très-forte, tout à fait insupportable sans ombrelle. Elle se fait sentir la nuit aussi bien que le jour.

J'examinai avec beaucoup d'attention le jardin public, situé au-dessus des remparts, dans une position très-abritée. Il est planté d'arbres et d'arbustes non décidus, rustiques ou à moitié rusti-

ques, dans le midi de l'Europe : chêne ilex, chêne liège, euonymus japonica, juslicia arborea, buis, magnolia. Il y avait aussi des schinus Mulli, ailanthus, populus alba, cytise, acacia pseudo-robinia, ficus elastica. Il y avait une douzaine de petits orangers, d'un mètre de haut, dans un coin bien chaud, protégés par une haie d'euonymus. Ces orangers, malgré ces soins, étaient à moitié morts ; les extrémités de beaucoup des branches étaient tout à fait desséchées. Étant sur les remparts, et plongeant le regard dans la ville au-dessous de moi, je vis d'assez beaux orangers dans des jardins au milieu de cours intérieures, entourés de maisons, protégés par elles et par des murs de 7 à 8 mètres d'élévation. Ces orangers, évidemment, avaient besoin d'une protection de ce genre contre les vents du Nord qui traversent le centre de l'île en hiver. Ainsi, dans la partie méridionale de la Méditerranée, à 200 kilomètres seulement de la côte de l'Afrique, pour vivre et prospérer, il fallait qu'ils fussent plantés dans des espèces de puits.

Cagliari a toute l'apparence d'une petite capitale. La ville commence au bord de la mer, au fond d'une belle baie, et monte par une pente assez rapide jusqu'au rocher dont nous avons parlé. Ce rocher, élevé à soixante mètres au-dessus de la mer, est couronné par un plateau inégal, et circonscrit par un mur épais, construit par les Pisans.

Il y a trois quartiers ou faubourgs à Cagliari, celui du bord de la mer, habité par les marins et ceux qui fournissent à leurs besoins; celui qui est intermédiaire, entre la basse et la haute ville, habité

Page 1