CHAPITRE HUITIÈME
d’hui pour les plantations de mûriers que pour l’cducation des vers, et cela méfait espérer que sa production séricicole peut subitement s’accroître dans une forte progression. Il existe aujourd’hui un très-grand nombre d’arbres exploitables ; de nouvelles plantations considérables ont eu lieu depuis quelque temps, et je sais qu’on a le projet d’en faire beaucoup d’autres d’ici à deux ou trois ans.
II y a de nombreux mûriers à Ajaccio, tant à la pépinière que chez les particuliers, et j’estime que la production de cette ville seulement pourrait égaler, dès l’année prochaine , la moitié de celle de la Corse entière aujourd’hui, si toute la feuille était utilisée.
Il y a des mûriers à Bastia et dans les environs ; la plaine orientale renferme des plantations très-importantes et prospères, et je citerai particulièrement celles du Lago, du Golo, de l’Arena et d’Aleria. La magnifique plantation de 12,000 arbres qu’on avait faite au Migliaciario , est complètement perdue faute de soins.
Il y a des mûriers à Sartènc, à Porto-Vecchio et à Corte, à Saint-Florent et dans le Nebio, à Calvi et dans toute la Balagne. On a fait dans l’arrondissement de Calvi de grands efforts pour celte culture depuis deux années , et je crois y avoir beaucoup contribué en y donnant l’élan par mon exemple.
Enfin, dans le cap Corse, où la propriété est trèsdivisée , où le terrain manque pour les grandes plantations, il y a quelques mûriers autour de tous les villages, et ils sont partagés entre un nombre infini de propriétaires , dont l’industrie est assez active pour que leur production représente à elle seule les cinq sixièmes de toute la production de la Corse.
En général , la connaissance de la culture du mûrier, quoique très-simple , manque en Corse , et si , à part quelques exceptions, les arbres sont si mal tenus , cela tient autant à l’ignorance des cultivateurs qu’à la mauvaise qualité des plants qu’on leur a fournis. Le mûrier blanc , greffé à haute tige , à mi-tige ou à basse tige , est le seul qui soit employé aujourd’hui en France ; au cap Corse , ils en sont encore , pour la majeure partie , à élever les vers avec la feuille du mûrier noir à fruits, et ils doutent encore de la supériorité de la fronda francesa, comme ils l’appellent.
Le mûrier blanc à haute tige peut être placé partout en pleine campagne , parce qu’il peut moins souffrir de l’atteinte des bestiaux, qui en sont très-friands ; on devrait le trouver ici comme en France , autour et en traverse des champs. Le mûrier nain, au contraire, a besoin d’être protégé contre les animaux, mais il convient admirablement dans les parties montagneuses; sa cueillette est facile, il résiste beaucoup plus au vent, on peut rapprocher plus les plants, son rapport est bien plus prompt , et rien n’empêche do cultiver à la pioche tout le terrain dans lequel on le place ; ce sont ces raisons qui me font croire qu’il conviendrait de le planter de préférence sur les montagnes , autour des . villages. Je suis l’introducteur de ces mûriers en Corse ; je cherche à les populariser par tous les moyens , cl c’est dans ce but que j’en tiens dans le jardin de ma filature , pour surprendre tous les visiteurs par la richesse de leur végétation.
Le mûrier est un arbre très-vivace, qui ne craint quo les grands froids ; il exige cependant beaucoup de soins pendant les premières années sans donner de