CHAPITRE HUITIÈME
revenu, mais le produit ne tarde pas ensuite à eu dédommager amplement. Beaucoup de propriétaires, en Corse, ont cru bien faire en faisant des plantations considérables tout d’abord, les ressources leur ont manqué ensuite pour faire d’un seul coup les sacrifices qu’elles exigeaient, et plus lard le peu de succès de leurs bonnes intentions et de leurs efforts les ont découragés. C’est ainsi que ceux qui étaient le plus engoués de cette culture en sont devenus les plus violents détracteurs.
On a fait encore celte année beaucoup de nouvelles plantations de mûriers, particulièrement en Balagne, au cap Corse et dans le Nebio.
2” Education des vkrs a soie.
J’ai dit déjà que l’éducation des vers à soie est une industrie qui peut être tout à fait séparée de la culture du mûrier : cela est si vrai que la plupart des grands propriétaires de France se bornent à vendre leur feuille sur pied, et en Italie on la porte au marché. Il n’y a que la petite propriété qui utilise elle-même ses arbres. Je commence par dire que je suis tout à fait opposé aux grandes éducations, et je crois que ce ne sont pas celles qu’il faut encourager en Corse, dans l’intérêt de celle industrie et des producteurs eux-mêmes. Ce ne sont pas les grandes magnaneries qui approvisionnent de cocons les marchés de France et d’Italie ; dans les pays séricicoles on élève les vers dans toutes les familles, on en trouve dans toutes les habitations de la ville et dans toutes les chaumières de la campagne. Chacun soigne avec passion la petite éducation qu’il a entreprise; le produit total et le bénéfice particulier
en sont bien plus grands. C’est aussi la tendance du cap Corse, mais ce n’est pas celle du reste de l’ile. Toute la feuille se perd sur les arbres sans être exploitée, parce que les propriétaires des grandes plantations de mûriers n’osent pas s’aventurer encore , malgré leur désir, dans de grandes éducations, qui nécessitent de vastes locaux spéciaux , quelques avances , et offrent un résultat bien plus chanceux que les petites ; d’un autre côté, ils 11e trouvent personne qui leur achète cette feuille, et les arbres restent sans produit. Il faut dire aussi que l’éducation des vers nécessite quelques connaissances pratiques que l’exemple peut seul donner. Je ne parlerai pas de tous les moyens dont l’administration peut disposer pour populariser ce travail, je crois seulement qu’elle ne peut y arriver qu’en recommandant aux directeurs des établissements modèles d’agriculture de chercher à vulgariser les théories en les dépouillant de tout l’appareil de charlatanisme dont on les entoure, de toutes les précautions par trop scientifiques qu’on enseigne sous le climat de Paris et dont on n’a pas besoin ici. Tout le monde connaît les résultats des éducations de la magnanerie d’Ajaccio.
Il est de mon intérêt personnel de faire augmenter les productions des cocons, et, sous ce rapport seulement, je lutterai avec l’administration d’énergie et de persévérance. Etranger au département, je ne puis chercher à profiter que de ses ressources présentes ; j’ai donc essayé de me placer dans différents centres où je puisse réunir assez de feuilles pour faire une éducation importante. Depuis deux ans je donne au pays un exemple que je crois profitable ; j’ai fait venir