‹ La Corse et son avenirChapitre 107 sur 256 · CHAPITRE NEUVIÈME. Î · texte numérisé non relu

CHAPITRE NEUVIÈME. Î

tout homme soucieux des intérêts de son pays appelle de tous ses vœux. Les prairies artificielles sont également peu nombreuses , et le progrès à cet égard va un peu lentement, ce qui est fort regrettable surtout dans la situation actuelle. « Cette île, dit Jacobi, dont la » population est encore si peu en rapport avec l'étendue » de son territoire, n’a pas non plus autant de bestiaux » qu’elle pourrait en nourrir. Il n’y avait en 1830, par » chaque mille hectares , que soixante-cinq tètes bovi- « nés, trois cent quarante tètes ovines, deux cent seize » tètes de chèvres, boucs, chevreaux, environ quinze » chevaux , juments , poulains , et seize mulets et » ânes. «

Cependant de nos jours l’élève du bétail a réveillé l’attention de tous ceux qui s’occupent d’économie rurale; partout en France on crée des prairies, partout les populations déploient du zèle en vue d’améliorer les races, et d’accroître le nombre des animaux domestiques; mais aussi partout on obtient, à la suite d’une telle initiative, des résultats immenses. L’ile de Corso seule parait avoir vécu jusqu’ici en dehors de ce mouvement qui assurera bientôt l’avenir de l’agriculture française. Pourtant elle aurait pu, comme les autres pays , travailler et aboutir au perfectionnement , à l’amélioration des races indigènes , car tout s’y prête : la température de son climat , le sol, la variété et la bonté de ses fourrages, tout aurait concouru à la réalisation du but qu’il est de l’intérêt général de poursuivre avec ardeur.

u Sans animaux domestiques, dit la Maison rustique » du dkc-neuvième siècle, il n’y a pas d’agriculture. Ce » sont eux qui permettent de réparer la fécondité de la

» (erre , que les récoltes successives ne tarderaient pas » à épuiser, qui exécutent des travaux pour lesquels » les forces de l’homme seraient insuffisantes, qui ont » permis de perfectionner les cultures et d'introduire » les cultures alternes , en consommant les plantes » fourragères qu’on fait alterner avec les céréales , » et en fournissant les engrais nécessaires ; ce sont » eux enfin qui transforment en viande, en graisse, » en laine et en autres matières animales, des pro- » duits agricoles qui deviendraient sans usage et sans » valeur, et qu’on ne pourrait pas même cultiver avec » profit, si l’on ne parvenait à leur donner cette nou- » velle forme. »

Il ressort de ce qui précède que le bétail est l’auxiliaire de toute bonne culture , une source de richesse soit au point de vue des engrais , soit comme branche de rapport ; par conséquent pourquoi ne s’occuperait-on point de son bien-être en le plaçant dans le plus court délai dans les meilleures conditions possibles de développement ? Chacun sait que la première condition de progrès et de perfectionnement consiste à augmenter le nombre des prairies naturelles et à créer partout des prairies artificielles, pour avoir des fourrages en grande abondance. *

Le bétail en Corse a été de tout temps négligé, c’est une faute grosse de conséquences désastreuses. Livrés à eux-mêmes, mal soignés, mal nourris, les bestiaux de ce pays ont été toujours petits, chétifs, misérables, et nous attribuons leur petitesse et leur mauvais état à une dégénérescence qui devait nécessairement suivre le défaut de soin et d’approvisionnement. Jusqu’ici ils naissaient, se développaient et mouraient souvent

sans avoir jamais connu une bergerie destinée à les protéger contre les intempéries des saisons. La nature seule se chargeait de leur entretien. Aussi quel triste spectacle se présente à nos yeux 1 Tandis que toutes les nations du monde se sont efforcées et s’efforcent constamment d’améliorer leur bétail, le département de la Corse, vivant dans son insouciance, peu désireux de suivre le courant du progrès, a laissé dépérir ses races faute d’avoir consacré à leur conservation les soins indispensables-, il se demande encore ce qu’il fera en présence de la loi du 22 juin 1854 sur l’abolition de la vaine pâture, loi qui a pour but de détruire les abus, de faire respecter la propriété, et de contraindre les bergers, les agriculteurs et les propriétaires à tenir leurs bestiaux daus des étables , comme cela se pratique dans les pays où l’agriculture est en pleine voie de prospérité, où la propriété est sauvegardée et par conséquent productive et bien cultivée. Les choses changeront-elles? Il faut espérer que oui, car une telle incurie compromet tout l’avenir agricole de l’île. Ne sait-on pas qu’en Espagne la société de la Meta, avec ses troupeaux transhumants, a ruiné et dépeuplé toute l’Estrémadure ?

Aujourd’hui le libre parcours n’est heureusement plus permis en Corse, la propriété est protégée, l’arboriculture peut facilement prendre de l’essor n’ayant plus à craindre les atteintes et les dévastations des animaux. Désormais on est obligé de les tenir dans les étables, si on ne veut pas encourir les peines portées contre ceux qui ne respectent pas les termes formels de la loi en question. La vaine pâture a été abolie, et c’est un grand bienfait que tout homme sensé ne peut

2ÎU

manquer «l’apprécier, surtout s’il se rend compte des beaux succès qu’ont réalisés, sous l’égide de la même loi, d’autres pays tels que l’Angleterre, l’Autriche, le Danemark , la Belgique , la France , l’Italie , heureux et fiers de nos jours de la ressource de leur bétail, ressource immense qui facilite la production de la terre et enrichit des contrées entières en donnant naissance à l’industrie et au commerce.

11 est malheureusement démontré que non-seulement la production de la viande en France est insuffisante pour la population, mais qu’il en est ainsi pour les autres substances alimentaires , comme le lait , les œufs, le fromage, etc. Ce fait réagit d’une manière funeste sur la culture des céréales. La France peut , à l’aide de ses prés naturels et de scs prairies artificielles, quadrupler l’élève de ses bestiaux ; elle augmenterait ses engrais dans la même proportion, et pourrait plus que doubler le rendement de ses céréales. La statistique nous donne

les chiffres suivants :

kilograniaea.

On obtient annuellement de l'espèce bovine. . 302, 000,000

Les espèces oviiics et caprines fournissent. . . 83,000,000

L'espèce porcine douue en viande de charcuterie 315,000,000

La totulitc de la viande provenant des aoimuux

abattus est de 700,000,000

11 faut ajouter à celle quantité l'équivalent ou ce que représentent de viande de boucherie les volailles, le <plner, les poissons, les œufs, les fromages , que l'on peut évaluer A. .... 280,000,000

Total géxé*al 980,000,000

Ces chiffres donnent, pour la population de la France, qui est de 35 ,000, (XX) d’habitants, 28 kilogrammes au plus pour chaque individu; celte quantité est très-insuf-

Page 1