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CHAPITRE NEUVIÈME

sait pas de comparer les races différentes les unes avec les autres. Ce serait une grande erreur de croire, par exemple, que la race bretonne pure ne puisse tenir son rang à côté des colosses de la Normandie ou de l’Angleterre. Les races diverses ont des aptitudes et des destinées particulières d’après lesquelles elles doivent être appréciées. La race bovine corse est éminemment propre au travail, c’est donc comme telle qu’elle aurait été jugée et peut-être primée.

Dans le chapitre suivant nous allons traiter la question des plantes industrielles qu’il serait utile d’introduire et de perfectionner en Corse. Nous déclarons à l’avance et nous pensons que pour le moment il faut surtout et exclusivement encourager la production du bétail. C’est là le commencement ; le reste vient après. Pourquoi commencer par la fin?

Que les agriculteurs corses se mettent vite à l’œuvre, et que désormais ils ne laissent plus souffrir leurs animaux. Nous souhaitons qu’ils comprennent qu’il est temps de songer sérieusement à l’accroissement notable des prairies pour venir à leur aide. Le jour de la régénération est venu ; il faut se montrer actif, intelligent et soucieux du bien-être du bétail ; il faut respecter une loi, loi sacrée, loi bienfaitrice, qui oblige les hommes à être plus prévoyants envers lui; il faut enfin faire ce que les autres font, si on ne veut pas paraître ridicules et méprisables aux yeux de ces dignes cultivateurs qui font l’honneur de leur pays.

• Nous espérons que les agriculteurs de l’îlc de Corso comprendront toute l’importance de la loi qu’ils considèrent comme désastreuse, qu’ils profiteront, dan6

l'intérêt du présent et de l’avenir, des ressources qu’ils possèdent, qu’ils sauront les exploiter, et que leur aisance deviendra, par ce moyen, de plus en plus belle, de plus en plus méritoire.

Race bovixe. Les bœufs corses sont généralement petits, faibles comparativement à ceux du continent; mais ils sont très-propres au travail; leur chair est un peu dure cl sèche ; sans nul doute c’est le défaut de nourriture qui a contribué à rapetisser leur taille et à faire disparaître tout ce que l’on recherche dans les bêtes de boucherie ou dans les vaches laitières.

M. Burnouf, président de la société d’agriculture de Code, décrit ainsi le bœuf corse : « Poil court, doux » et luisant, variant du noir au fauve et au grain de » blé, front assez large, cornes courtes et bien plan- » tées, toupet très-fourni, l’œil vif et doux, encolure » très-forte, surtout au point d’attache avec la tête, » fanon ample, plissé, descendant presque au genou, » poitrail profond, corps ramassé et trapu, épaule » large et dégagée, peu de ventre, flancs retroussés, » hanches serrées et un peu avalées , le dos droit et la » queue attachée un peu haut ; il manque générale- » ment par le peu de largeur de la fosse et le volume » de la croupe, mais il a Je jarret Large, les extrémités « courtes, etl’onglon sain et très-bien fait. Ses aplombs » sont beaucoup plus verticaux qu’on ne serait en » droit de l’attendre d’une race montagnarde. »

D’après ce signalement , il est facile de se convaincre que le bœuf corse est un animal de travail. Comme on le comprend, il est urgent d’améliorer celte race. Nous verrons plus loin ce qu’il y a à faire à cet égard.

H ace ovine. Les moutons étant, comme les bœufs, l’objet de peu de soins, sont presque tous d’une petite taille 1 ; leur laine est grossière , de couleur noire et pendante -, mais ils sont renommés pour la délicatesse de leur cbair. Le lait des brebis est délicieux ; le fromage qu’on en fabrique est généralement de bonne qualité.

Race chevrinb. Les chèvres sont très-nombreuses en Corse, on en compte plus de cent mille; elles sont de très-belle espèce. Il y a certaines montagnes couvertes de broussailles propres à la nourriture de cet animal ; mais il est si malfaisant pour la campagne , il a une dent si meurtrière, surtout pour les arbres, les oliviers, la vigne , le mûrier, l’amandier, etc., que nous ne conseillerons jamais à personne d’en nourrir un troupeau dans un pays où il convient surtout de se livrer aux plantations.

« Les chèvres corses ont sur le cou et sur les parties « latérales antérieures un duvet Irès-fm. Il en est de » même des mouflons. M. le préfet Eyard envoya, en » 1820, au ministre de l’intérieur une certaine quan- » tité de duvet provenant d’un jeune mouflon de dix- » huit mois ; examiné par une commission composée » de gens de l’art, il fut trouvé d’une grande beauté. » ( Robiqüet. )

1 Cependant les moutons de Luri et de Alerta, communes du cap Corse, ne le cèdent en rien à ceux de U Haute -Loire, du Cantal et du Lot.

Race porcine. Dans l’intérieur de la Corse chaque ménage élève un ou plusieurs codions pour les usages domestiques, car tout le monde comprend que cet animal a une grande importance en économie rurale l. Généralement le porc corse est petit, parce qu’il est élevé à la campagne sans aucun soin , et la plupart du temps privé de nourriture suffisante ; aussi est-il maigre et de pou de rapport ; son lard cependant est recherché. \ous croyons, quant à nous, que les porcs de la Corse pourraient devenir fort beaux et trèsgras. Leur nourriture est beaucoup plus économique qu’en France ; il y a tous les végétaux y compris le gland, la châtaigne et de plus la figue de Barbarie, que le porc préfère à tous les autres aliments, qui ne coûte que la peine de la cueillir, et qui peut lui suffire pendant deux mois de l’année. On peut donc considérer l’éducation de cet animal comme très-avantageuse ; la température cl le climat lui conviennent beaucoup ; le fumier qu’il produit, quoique plus froid, plus lâche que celui des autres espèces de bétail , devient fort bon lorsqu’il est mélangé avec la litière des écuries, des étables ou des bergeries. Ce serait en Corse une branche d’indu6trie très-lucrative, et nous engageons les éleveurs à ne pas la négliger.

Rack chevaline. La race chevaline est petite, mais vigoureuse. Le cheval corse a beaucoup d’identité avec le cheval arabe , moins la taille ; c’est pourquoi nous sommes convaincu qu’avec des soins les agriculteurs de l’ile de Corse pourraient fournir, en très-peu d’an-

‘ Dans le canton d'Alesani ils sont un objet de commerce : c'est là qu'on élève un jjraiid nombre de pourceaux que les éleveurs vendent dans l’intérieur de I île.

nées, une masse de chevaux de selle d’une grande valeur.

Jusqu’ici ces animaux sont mal soignés; les accouplements et l’éducation des poulains sont imparfaits. 11 serait pourtant utile de bien comprendre l’avantage de l’élève du cheval de selle, et comme bête de vente et comme producteur d’engrais. Les mulets sont magnifiques ; ils ont les extrémités fines et le pied très-sûr. Ils sont plus grands, plus forts que les chevaux; ce sont eux qui sont employés à tous les transports; plus sobres que les chevaux, leur ‘nourriture est moins coûteuse. 11 est à désirer que les éleveurs consacrent leur soin à l’augmentation et à l’amélioration de ces animaux.

Les oiseaux de basse-cour sont peu nombreux et peu variés en Corse. 11 conviendrait que les amateurs de basse-cour se multipliassent dans les villes et les campagnes, car jusqu’à présent on a souvent de la peine à se procurer une couple de poules, de canards ou de pigeons. D’ailleurs , les oiseaux de bassecour sont des auxiliaires trop utiles et trop intéressants pour nos subsistances pour que nous ne voyions pas avec le plus grand plaisir l'intérêt qui s’attache au choix des types dont l’élevage donne le plus de bénéfices.

Nous croyons à propos de faire savoir au lecteur que la Corse possède également une belle race de chiens de bergerie, et d’autres chiens propres à la chasse du cerf et du sanglier. Il n’y a pas de loups dans i’tle , mais les renards y sont nombreux ainsi que (es sangliers; le cerf est assez commun dans les grandes forêts ; ces forêts recèlent aussi des lièvres d’une

grande beauté. La perdrix, la bécasse, la bécassine, etc. , sont fort communes et d’une grande délicatesse; rien n’égale la bonté des merles, des grives, des ramiers et des cailles de montagnes. Les oiseaux de proie habitent les hauteurs, surtout les aigles et les vautours. Les reptiles sont assez communs, mais peu dangereux, si ce n’est une espèce d’araignée venimeuse connue sous le nom de malmignate , dont la morsure est quelquefois mortelle ; elle a le corps noir avec treize petites taches d’un rouge de sang sur l’abdomen. Les rivières et les petits ruisseaux de la Corse produisent des truites et des anguilles délicieuses. Les truites du Liamone et les anguilles d’Ino et de Creno sont exquises; les continentaux se plaisent à reconnaître leur supériorité. La mer qui entoure l’ile passe pour être la plus poissonneuse de toute la Méditerranée ; c’est de ses rives que sont approvisionnées les villes de Toscane , de la Ligurie et la capitale des Deux- Siciles. Nous verrons plus loin combien il serait ur? gent que des compagnies bien organisées tirassent parti des richesses ichthyologiques de la Corse. — Celte question a déjà préoccupé des esprits sérieux ; espérons que leurs désirs se réaliseront bientôt.

De l'amelioration des races.

D’après ce qui précède il est facile de voir que les animaux domestiques de la Corse sont abâtardis, et qu’il est urgent de songer à les améliorer dans le plus bref délai. « Ce que vous avez, a dit M. Rendu, en » matière de bétail ne mérite pas la peine d’être men-

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» tionné : le bétail ne formera une branche de votre » industrie agricole que lorsque vous aurez perfec- » tionné votre race de l’espèce bovine et amélioré celle » de l’espèce ovine, et même de la porcine. Pour » atteindre ce résultat, il faut que vous renonciez à la » funeste habitude de ne compter que sur les pàtu- » rages pour alimenter vos animaux. Il faut que vous » multipliiez les prairies artificielles. »

Nous l’avons dit, le bétail est la base principale, essentielle et indispensable de l’agriculture ; donc , comme tel, il doit attirer l’attention de tous les agriculteurs , comme tel aussi il doit être entouré des soins hygiéniques les plus minutieux et les plus sagement combinés. On sait déjà que la chétivité des animaux domestiques de l’ile tient à plusieurs causes : d’abord au défaut d’étables et de nourriture suffisante, ensuite à l’espèce. Par conséquent, il s’agit de stimuler les éleveurs et de les convaincre qu’ils peuvent arriver, même dans l’état actuel des choses , à des améliorations cer taines. Les considérations que nous avons présentées sur les bestiaux doivent donner une grande importance à la culture du fourrage. A ce sujet les agriculteurs corses ne se sont guère tourmentés jusqu’ici ; ils ont abusé de la richesse de leur sol, et se sont contentés de faire paître leur bétail tant que la terre fournissait de la pâture. Ce mode d’agir n’a plus sa manière d’être. Que faut-il faire ?

L’une des conditions les plus importantes pour aboutir à l’amélioration graduelle des races, c’est, sans contredit, celle de soumettre les animaux, de quelque espèce qu’ils soient, à un régime réglé, et de .leur fournir une nourriture convenable.

Parmi les moyens propres à assurer ce résultat, le principal est de persuader les éleveurs qu’il y a nécessité de substituer à leurs jachères des fourrages légumineux et tuberculeux, tels que des luzernes, des sainfoins, des topinambours, des vesces, des choux, des carottes, des betteraves et des pommes de terre, qui forment l’alimentation la plus substantielle.

La luzerne est une plante qui veut une terre profondément labourée, située au midi, exempte d’humidité stagnante. Elle nourrit parfaitement et engraisse les bœufs; elle donne aux vaches un lait riche et abondant, et rétablit les chevaux maigres. Une prairie de luzerne réclame l’arrosage le plus fréquent, il faut le renouveler au moins tous les dix jours, et l’on peut faire cinq à six coupes dans l’année.

Il vaut mieux, dans les terres privées d’eau, s’attacher à la culture du sainfoin ( espareet ). Ce fourrage est de première qualité , les bestiaux le mangent avec grand profit, et on l’obtient plus aisément sans arrosage. La terre légère, lorsqu’elle est de bonne qualité, lui convient assez quoique mêlée de pierrailles. Voici , du reste, ce que dit Olivier de Serres à ce sujet :

« C’est une herbe fort valeureuse, non de beaucoup » inférieure à la luzorne. Elle rend abondance de foin » exquis, bien que gros, il est appétissant et subslan- » tiel , propre pour nourrir et engraisser toutes sortes » de bêtes à quatre pieds, jeunes et vieilles, même » pour agneaux et veaux, faisant abonder en lait leurs » mères. »

La culture du topinambour est partout adoptée sur le continent ; c’est un fourrage précieux qui n’est pas .apprécié en Corse. Il serait pourtant d’un puissant

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