‹ La Corse et son avenirChapitre 11 sur 256 · CHAPITRE DEUXIÈME · texte numérisé non relu

CHAPITRE DEUXIÈME

son activité. En effet, on perça des routes, on érigea des temples et autres édifices publics; on tâcha de réparer en partie les désastres causés par les invasions des barbares et les guerres civiles; les exilés enfin purent aborder la terre d’où ils étaient injustement bannis.

Mais tandis que le pays grandissait à l’ombre d’une paix bienfaitrice, la rivalité de Pise et de Gènes inquiétait l’Italie, et on pouvait facilement prévoir qu’elle éclaterait violemment à la première occasion.

Toutes les dominations étrangères deviennent oppressives, et au contentement succède souvent l’aversion.

Pise, d’abord libérale, finit par devenir tyrannique, et les Génois s’offrirent alors de remplacer les Pisans.

A l’occasion d’une piraterie exercée parles corsaires sortis de llonifacio, les Génois s’emparèrent de cette place par un coup hardi, et la colonisèrent. Cette occupation , comme on doit le penser, augmenta l’animosité déjà existante entre les deux républiques toscane et ligurienne. Les Pisans voulurent reprendre le poste important qu’ils venaient de perdre, mais leurs efforts furent infructueux. Cependant, cette ville fut mise en dépôt sous l’autorité d’Honorius III, et la paix fut conclue entre les deux républiques.

Cette paix eut le même sort que les précédentes ; elle fut de courte durée. La querelle des Guelfes et des Gibelins agitait à celte époque l’Italie, et fut l’occasion d’une nouvelle indisposition entre les deux nations *. La guerre éclata.

1 Les villes et princes qui étaient partisans du pape se disaient Guelfes, ceux, au contraire, qui suivaient le parti de l'empereur Frédéric II se disaient Gibelins.

Les Pisans avaient en Frédéric II un puissant défenseur; mais à sa mort les Génois, les Florentins et les Lucquois, s’étant ligués pour saper l’avenir de Pise, s’assurèrent le succès en l’attaquant par terre et par mer. Après cette défaite, les vaincus abandonnèrent toute la partie du territoire qu’ils occupaient.

Bientôt un relâchement dans l’autorité se fit sentir, et à la suite de ces luttes et de tous ces désordres l’anarchie recommença à désoler le pays. On vit en meme temps une partie des habitants se ranger sous le joug de la république de Gênes, après avoir secoué celui des Pisans.

Les seigneurs, croyant pouvoir profiter de cette tourmente, essayèrent de s’affranchir de la domination de Pise. Ils prirent les armes ; les uns demeurèrent indépendants , d’autres se mirent sous la protection génoise.

C’est alors qu’une réunion des habitants eut lieu dans la vallée de Morosaglia (1269), comme au temps de Sambuccuccio, et qu’on proposa au marquis Isnard Malaspina de venir en Corse reprendre l’ancien pouvoir de ses ancêtres. Celui-ci se rendit aux vœux et désirs des Corses; mais son arrivée ne réussit pas à opérer des changements dans l’ile.

La conservation de la souveraineté en Corse devenait de plus en plus difficile, et offrait peu de chances à la république de Pise ;' elle voulut pourtant tenter un dernier effort , et elle donna en conséquence le commandement d’une armée à un noble Corse descendant des seigneurs de Cinarca. Giudice de la Rocca, remarquable autant par ses talents militaires que par ses mâles vertus privées, fut celui qui fut chargé de pleins pouvoirs à

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