CHAPITRE DEUXIÈME
«et égard. Il débarqua dans l’ile (1280), assembla tous ses parents, rallia à lui les habitants qui reconnaissaient encore l’autorité de Pise , combattit bravement Arriguccio, feudalaire de Gènes, et l’obligea de se retirer chez le seigneur de Sainl-Antonino.
En présence de ces insuccès les secours de Gènes devenaient indispensables , et les seigneurs opposés à Pise ne tardèrent pas à les réclamer avec instance. Thomas Spinola , général d’une habileté reconnue, débarqua soudainement à la tête d’une nombreuse armée, marcha sur le château de Cinarca , où s’était retranché Giudicc «le la Rocca, l’attaqua vigoureusement; mais il fut vaincu (1282), et ne put parvenir à s’en emparer malgré la supériorité numérique de ses troupes.
Quelques années plus tard les Pisans ayant été battus à la journée de laMéloria, les Génois crurent que le moment était venu de les exterminer tout à fait, et chargèrent Lucchetto Doria de poursuivre les opérations. Vaincu d’abord, Giudice de la Rocca triompha ensuite; mais après son triomphe il fut malheureusement trahi, et livré aux Génois par un de ses lieutenants nommé Salnese. Il fut emprisonné, et mourut quelque temps après empoisonné, après avoir énergiquement défendu sa patrie pendant près de cinquante ans (1312). « Giuv dice de la Rocca, dit l’historien Philippini fut réel- » lement un des hommes les plus remarquables qui * aient jamais existé dans Pile. Il était plein de courage » et habile dans les armes , très-capable de suivre ses « entreprises, d’un excellent conseil, sévère exécuteur ■n de la justice , très-généreux envers les siens , et trèsi> constant dans l’adversité. » f Istoria di Corsica, t. II, p. 167.
A Ta morl de Giudice, la lulle enlre Gènes et Pisc eut un terme ; le sort des armes favorisa les Génois, et ils devinrent ainsi maîtres absolus de l’ile. Ce fut une députation de quatre membres qui porta à Gènes l’acte de cession rédigé le 12 août 1347. Un an après Boccanegra, envoyé comme gouverneur, prit possession de l’ile de Corse, se distingua par sa sagesse et son savoirfaire, rétablit l’harmonie dans l’intérieur, et la plus grande partie de la population reconnut un instant l’autorité de Gènes. Bientôt Boccanegra obligé de quitter le pays qu’il gouvernait pour se rendre à Gènes, où des événements graves réclamaient sa présence, Guillaume de la Rocca, puissant baron d’au delà les monts, attaqua vivement ses voisins, en vainquit plusieurs; mais tandis qu’il espérait recueillir le fruit de ses victoires , il trouva la mort dans un combat contre son seigneur Gbilfuccio d’Istria.
«A celte époque, dit Pbilippini, parut en Corse la « secte des Giovannali. Elle prit naissance dans le pays « de Carbini. Tout était en commun entre les frères de » la nouvelle doctrine, les femmes comme le reste. Us «voulaient, disaient-ils, renouveler Page d’or. Ils se » rassemblaient la nuit dans les églises, et après quel- » qucs cérémonies superstitieuses, éteignant les lu- « mières, ils mettaient en pratique la communauté des « biens. Leur secte commençait à se répandre dans « toute Pile. Le pape les excommunia, et envoya un «commissaire avec quelques soldats, qui, joints aux » habitants, dont les Giovannali étaient abhorrés, les