‹ La Corse et son avenirChapitre 115 sur 256 · CHAPITRE DIXIEME · texte numérisé non relu

CHAPITRE DIXIEME

La Garaxce Bien (les personnes ont pensé que la garance serait avantageuse à cultiver dans le département de la Corse. Nous le pensons également. Celte racine demande un sol léger et profond : ces qualités se rencontrent facilement en Corse. Quelques propriétaires en ont déjà semé; leur expérience a été couronnée de succès; du reste, on en trouve de la sauvage partout, et cette circonstance semble indiquer la faculté d’en recueillir de la bonne. Des teinturiers ont déjà essayé cette garance ; ils en ont obtenu de bons résultats; il faut donc espérer que les agriculteurs corses imiteront ceux du département de Vaucluse pour atteindre à cet égard le progrès désirable.

Le Houblon. Le houblon devrait bien réussir aussi ; les mêmes motifs qui font préjuger la réussite du cardère et de la garance se rencontrent à l’occasion de cette plante; le houblon sauvage est en grande abondance en Corse : les buissons, les arbres, placés dans les haies et entourés de broussailles, sont couverts de scs rameaux et de ses fleurs. Le houblon , comme on sait, est indispensable pour la fabrication de la bière. Nous croyons qu’il serait convenable de faire un essai en houblon de Hollande, dont la France fait annuellement des achats très-importants. Ce serait d’un inappréciable avantage pour les brasseries des Bouches-du- Rhône, du Var et de tous les départements du Midi.

Le Lin et le Chanvre. 11 est encore en Corse deux plantes industrielles qui pourraient avoir le plus grand succès et devenir même le principe de quelques manufactures. Nous voulons parler du lin et du chanvre.

1 M. le comte de Casablanca, sénateur, a réussi à introduire en Corse la culture de la garance.

Partout, sur les montagnes comme dans les plaines, ces substances végétales y sont naturalisées; elles croissent très-bien; partout il serait très-facile de les multiplier, et ce serait d’autant plus à désirer qu’elles sont d’un usage commun et d’une utilité immédiate. Jusqu’à présent cette culture a été négligée ; c’est très-regrettable, car un pareil état de choses est loin d’élre en rapport aux idées de progrès , aux tendances et aux besoins de notre siècle.

Chacun, de nos jours, sait tout le profit qu’on peut retirer du lin et du chanvre ; personne n’ignore que ces deux plantes donnent naissance à l’industrie et au commerce. Pourquoi ne donnerait-on pas à celte culture le développement dont elle est susceptible 1 ?

Le Tabac. Il y a une dizaine d’années la France achetait annuellement pour six à huit millions de tabac étranger, dont le mélange dans certaines proportions est indispensable dans la fabrication de celui qu’on livre au commerce. Pendant plus de vingt ans on a contesté à l’Algérie la possibilité de produire du tabac : les prédictions d’impuissance sont détruites aujourd’hui. Cette culture, qui n’occupait qu’un hectare en 1847, s’est propagée à ce point qu’en 1855 le chiffre des plantations s’est élevé à trois mille hectares environ. L’Algérie satisfait maintenant à peu près aux demandes de la métropole , et supplée en grande partie aux fournitures de l’étranger*. Après ces exemples, nous nous demandons pourquoi la Corse n’entrerait pas bientôt,

1 Ces plantes veulent un terrain profond , meuble , riche et plus humide que sec ; elles succèdent bien aux tabacs et aux pommes de terre.

3 La production de cette année a été de plus de 3 millions de kilogrammes.

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