CHAPITRE DOUZIÈME
» souvent des gonflements et des inflexions, et que » quelquefois même elle disparait totalement sur une r> certaine longueur de l’arbre pour reparaître ensuite. » Quelque inexplicable que puisse paraître ce fait, il » n’est pas moins vrai qu’il existe, et nous avons eu » occasion de le faire constater à des personnes par- » failcmcnt entendues en matière de bois. Il est donc » bien certain que celte coloration n’est pas un indice » positif du bois fait, bien qu’à la vérité elle l’accom- » pagne souvent. Du reste, la couleur jaune clair est » tout aussi recherchée que la couleur rosée ou rou- » geàlre, et c’est à tort qu’on regarde celte dernière » comme une condition indispensable de qualité pour » le lariccio.
» Le véritable signe distinctif entre le bois et l’aubier, » c’est leur différence de ténacité, de résistance, et la » composition des liquides qui en parcourent les tissus.
» Nous ne concevons pas, du reste, comment la » présence de l’aubier dans un arbre peut avoir une » influence pour les constructions, quand il est posn sible de se procurer des arbres qui, dépouillés de » celte partie, peuvent donner les dimensions recher- « chées pour les divers usages. S’il y a dépréciation, » elle frappe uniquement la valeur commerciale, puis- » que l’aubier constitue alors une perte sèche , mais » nullement à la qualité du bois. »
Nous concluons en disant que le bois de Corse vaut celui du Nord, et qu’il sera toujours pour la marine française une ressource d’autant plus précieuse qu’il peut s’extraire immédiatement, et qu’en prenant soin de le ménager et de favoriser sa multiplication, nous pouvons cesser tout à fait d’être tributaires des puis-
sanees du Nord pour l’approvisionnement de nos arsenaux en bois de mâture.
En 1791, le directeur général de la Corse disait à l’Assemblée nationale :
«Des forêts précieuses, quipourraient approvisionner » la marine en mâts de première grandeur, et des pièces » de construction les plus rares, vont dépérir de vé- » tusté. »
En 1 808 , M. Durand écrit :
« Pour que les avantages qu’offrent les forêts de » l’Ile soient d’une longue durée, il faut adopter de » bonne heure un système de conservation , et se ména- » ger des ressources pour l’avenir. On assurerait par » celte sage prévoyance des moyens intarissables pour » l’approvisionnement des arsenaux. »
En 1842, une commission composée d’ngents forestiers des plus distingués fut envoyée pour visiter les principales forêts de l’île, et étudier leur richesse au point de vue du matériel qu’elles pourraient fournir dans un délai fixé; c’était alors que l’on pensait à mettre en pratique le principe de la loi de 1840, et à adjuger les forêts par masse et pour une période de vingt ans. Cette commission s’exprime ainsi dans son rapport :
« Un renouvellement , une régénération complète » sont presque partout indispensables; ils sont impén rieusement réclamés parce fait, que ce département, » par sa position géographique, par l’essence et la qua- » lité de ses bois, est appelé à jouer un rôle très-impor- » tant dans la fourniture de nos ports. »
Pendant longtemps l’exploitation du bois de la Corse a été beaucoup plus onéreuse qu’avantageuse à l’Etat