CHAPITRE QUATORZIÈME. 2T
situé à l’endroit où existaient les anciens bains, c’està-dire sur le penchant de la colline dite de Saint- Antoine.
L’aile gauche est occupée par des piscines destinées aux militaires malades envoyés de France et d’Afrique pour le compte du gouvernement, par des cabinets de bains pour les officiers et par des douches.
li’aile droite est destinée aux malades civils.
Le bâtiment du milieu se compose de deux grands réservoirs alimentés parla source principale, qui donne soixante litres par minute, et dont la température est de 42 degrés Kéaumur. Une partie de l’eau de la source se rend directement aux douches ; l’autre partie se déverse dans les réservoirs, d’où, après un refroidissement convenable , elle est distribuée aux baignoires et aux piscines. Deux cent quatorze personnes peuvent se baigner à la même heure. Cet établissement compte trente-deux cabinets à baignoires , vingt-cinq piscines à quatre places, quatre à dix et deux à vingt places.
L’établissement civil forme le premier étage de l’établissement thermal. 11 se compose d’une soixantaine de chambres meublées très-convenablement, de salons de réception et autres. Dans ce moment-ci il est à peine suffisant pour recevoir les nombreux visiteurs qui y affluent tous les ans. Par le moyen d’un escalier on descend dans le corridor des baignoires; c’est trèscommode pour les malades, puisqu’ils peuvent prendre leurs bains sans être exposés à l’air ou à un changement de température.
L’hôpital militaire, situé sur une petite élévation et à une faible distance de l’établissement thermal, reçoit depuis trente-cinq ans des militaires qui ont besoin de
faire usage des eaux thermales. Dans le principe il était dénué de tout ; mais le gouvernement fut d’abord si satisfait de leurs magnifiques résultats, qu’il leur confia la santé de ses plus précieux malades dès le temps où il n’y avait encore à Guagno que le désert , lorsque les soldats ne pouvaient coucher que sous des maisonnettes en bois, lorsque l’exposition continuelle aux injures de l’air et le désagrément d’habiter en un pays inculte semblaient conspirer contre elles ; elles étaient plus fortes que tout et elles guérissaient en dépit de tout. Depuis les choses ont bien changé, non pas les eaux, mais le pays ; égale bonté d’uee part, de l’autre progrès croissant. Depuis 1835 cet établissement a été l’objet d’améliorations importantes, et il peut aujourd’hui recevoir plus de deux cents malades officiers et soldats.
L’administration de la guerre nomma d’abord un docteur pour le service de l’hôpital de Guagno ; plus tard il y envoya un médecin en chef, un chirurgien , un pharmacien , un comptable et douze infirmiers. D’après une convention faite avec le gouvernement , le propriétaire des trois établissements mentionnés se charge de loger, nourrir, blanchir, faire baigner, etc. , tous les soldats à raison de 1 fr. 90 c. par tète, et de 2 fr. 75 c. pour les officiers.
Après avoir parlé de l’antiquité des eaux de Saint- Antoine de Guagno, et avoir dépeint les améliorations successives dont elles ont été l’objet, nous exposerons leurs diverses qualités. A cet égard nous laisserons parler les faits.
La réputation des eaux de Guagno est depuis longtemps parfaitement établie ; leur efficacité ne saurait
CHAPITRE QUATORZIÈME, être mise en doute, car elle est attestée par des autorités dignes de foi.
Les médecins militaires qui se sont succédé pour instituer les traitements, surveiller l’administration des eaux, apprécier leurs effets, ont laissé des rapports et des statistiques ; nous les avons tous lus et consultés. MM. Gaudineau, Mercier, Varlet, Netter, Haspel, Villamur , Juliani , Milliet , etc. , ont constaté dans leurs rapports la grande efficacité des eaux de Guagno pour une foule de maladies qui ne pourraient se passer do leur secours. Cette efficacité est également reconnue et hautement proclamée par M. Constantin James, chargé par le ministre de l’agriculture, du commerce et des travaux publics, d’étudier les eaux minérales de la Corse. M. Cloquet , célébrité médicale , nous disait dernièrement que les eaux de Guagno étaient peut-être les plus efficaces de France. Mais s’il est un fait qui puisse témoigner de leur excellence , c’est qu’après en avoir fait essai durant plusieurs années, l’Etat a voulu que l’établissement hospitalier de Guagno fût agrandi au point de recevoir deux cents malades. D’ailleurs les merveilleux résultats qu’on obtient de ces eaux, les analyses qui en ont été faites et les attestations des médecins, sont autant de témoignages de leur bonté.
Propriétés physiques des eaux de Guagno et résultats analytiques
I/eau minérale de Saint-Antoine de Guagno est limpide , transparente , sans couleur , très-onctueuse au toucher, d’une saveur fade, et répandant une légère
1 Rnppnrt de M. Milliet, médecin en clief de l'hépitnl militaire.
odeur d’acide sulfhydrique (œuf pourri). Sa densité comparée à l’eau distillée est de 1, (XK), 271, et sa température 51 degrés centigrades à la sortie des tuyaux qui la conduisent au réservoir. Elle laisse déposer en abondance dans les bassins et les vases qui la contiens lient cette matière glaireuse, blanche, ressemblant au blanc d’œuf un peu coagulé : c’est la substance connue^ sous le nom d’extractif animal, de barégine, de glairine. On la trouve dans toutes les eaux sulfureuses des Pyrénées , mais en moins grande quantité. •
La première analyse qui ait eu cours est de M. Thiriaux, pharmacien inspecteur au conseil de santé des armées. Elle fut faite en 1828, et publiée dans une thèse inaugurale de l’auteur en 1829; en voici les
résultats :
Kan 1 kilogramme.
Acide hydro- sulfurique 0*032'"
— carbonique . 0 187
Hydro-chlorate de soude 0 099
Sous - carbonate de soude. 0 025
Sulfate de soude 0 044
Sous -carbonate de chaux 0 020
— de majjndsie 0 017
Sulfate de chaux. . . . 0 041
Silice. 0 028
Extractif animalisé O 032
Eau de dissolution ; . ' . . 0,999 475
Le mérite de cet expérimentateur est incontestable , mais l’époque à laquelle il fil son travail est déjà si loin de nous, et ces sortes de recherches ont fait de tels progrès, qu’il faut chercher mieux. En 183G , M. Poggialc, pharmacien en chef du Val-de-Gràce et