CHAPITRE DEUXIÈME
L’insuccès d’Alphonse donna des soucis bien légitimes à Vineentello, car il pensa avec raison qu’à l’avenir il ne pourrait plus compter sur le puissant appui de son protecteur de la veille.
Il crut donc urgent et de bonne politique de se faire des partisans parmi les caporaux 1 si influents en deçà des monts dans la Terre de commune. Il tenta, et n’eut pas de succès; aux caporaux s’unirent quelques seigneurs ultramontains, tels que Rinuccio de Leca, Paul de la Rocca , pour le combattre.
Au lieu de le défendre, Simon de Mare, seigneur du cap Corse, reconnu pour chef de la ligue, s’avança vers Biguglia, où s’était retranché Vineentello, ne put s’en emparer, et une paix mit momentanément fin aux hostilités. La lutte fut reprise peu de temps après, et Biguglia, de nouveau investie, tomba enfin au pouvoir des confédérés.
Vineentello a donc été, comme on voit, vainqueur et vaincu; mais poursuivi dans ses derniers jours comme rebelle , il eut le triste sort d’être condamné à Bastia, par le conseil des Huit, à avoir la tête tranchée s (1434).
La mort de Vineentello aurait laissé Simon de Mare sans rival sérieux, si Giudice d’Istria, Paul de la Rocca et Rinuccio de Leca ne lui eussent suscité des embarras. Pourtant, Simon de Mare, ne pouvant combattre ces trois adversaires par les armes, s’appliqua à les diviser
1 Les caporaux étaient des magistrat* chargés de défendre les intérêts des faibles contre les empiétements ou la rapacité des forts. Cette organisation était seulement appliquée dans la Terre de commune, ainsi appelée parce que les peuples qu'elle renfermait firent cause commune pour 1'alfranchir de la tyrannie des seigneurs.
2 Le conseil des Huit se composait de Huit magistrats, savoir : de François Spinola, André Doria, Mathieu Lomcllino, Nicolas Justiniano, Pierre Bondcnaro, Pierre Casino, André Marino et Jean Navono.
entre eux , et parvint à entraîner Paul de la Rocca dans son parti , ce qui obligea les autres seigneurs à se retirer dans leurs fiefs.
A la suilc de la mort de Vincenlello le titre de comte de Corse étant devenu vacant, Giudice d’Istria le demanda à Alphonse d’Aragon. 11 le lui accorda avec des secours militaires; mais il ne lui profila pas, car les Corses , ne voulant pas qu’une puissance étrangère leur imposât un comte, se refusèrent à reconnaître Giudice pour tel, et s’assemblèrent en diète àMorosaglia pour conférer ce titre à Paul de la Rocca.
Le premier acte de politique de ce nouvel élu fut de rompre avec Simon de Mare, de lui déclarer la guerre , et de se rendre maître de ses possessions du cap Corse. Mais dès que Simon crut la partie perdue pour lui, il se rendit à Gênes, revint avec des préparatifs immenses en compagnie des Montalto, et c’est ainsi que Paul de la Rocca se vit obligé de céder Corle et de se retirer dans son fief.
L’influence de Simon de Mare grandissait tous les jours ; il en résulta une jalousie si forte dans l’ame de Montalto , que Simon fut pris et jeté dans une prison.
Une pareille conduite était de nature à soulever l’indignation de tout le peuple, et Nicolas Montalto fut attaqué et défait à son tour (1438).
Après ces événements, la lutte commença entre les Campo - Fregoso , les caporaux et le comte Giudice d’Istria, qui obtint, comme nous avons dit plus haut, quelque temps avant, de la cour d’Aragon, le titre de comte.
Ce fut Janus, neveu de Campo-Fregoso, qui entra le premier en campagne. U put soumettre la Terre de