‹ La Corse et son avenirChapitre 173 sur 256 · CHAPITRE QUINZIÈME · texte numérisé non relu

CHAPITRE QUINZIÈME

adresse à l’étranger, ou bien l’on a exploité péniblement , au prix d’énormes sacrifices , les carrières des Pyrénées et des Alpes. Si l’on avait consacré à l’exploitation des marbres corses une faible partie des capitaux employés, nous n’hésitons pas à dire qu’on aurait obtenu plus facilement des résultats meilleurs.

Sans doute il fut un temps où la plupart des carrières de la Corse étaient inexploitables, faute de voies de communication. Cet état de choses n’existe plus, et d’ailleurs il ne justifie pas l’abandon dans lequel on a laissé les granits d’Algajola et ceux des environs de Calvi.

Aujourd’hui toutes les carrières de la Corse peuvent être avantageusement exploitées, et pour donner une idée du parti qu’on en peut tirer, il suffira de citer le monolithe taillé dans le granit d’Algajola et destiné à servir de piédestal à la statue de Napoléon I" à Ajaccio. Ce bloc, unique dans le monde par ses dimensions et la pureté de son grain , attend encore le navire qui doit le transférer à Ajaccio.

Que doit-on conclure de ce fait? C’est que pour utiliser les marbres de la Corse, il faudrait des compagnies organisées sur une vaste échelle, disposant de moyens puissants.

Elles seraient d’autant mieux accueillies en Corse qu’elles procureraient du travail à une classe nécessiteuse, et qu’elles déroberaient un grand nombre d’hommes intelligents, robustes, mais malheureusement inactifs, à la double excitation de la misère et de l’oisiveté.

Que la compagnie marbrière dont nous avons parlé étende son exploitation, et nous lui promettons le suc-

cè s. Le gouvernement pourrait la favoriser sans grever exceptionnellement le budget , en lui demandant des marbres pour les monuments publics. Xous avons un exemple récent de ce que peut, non pas l’influence de l’administration centrale, mais seulement la bonne volonté d’un homme haut placé.

Les marbres du département du Lot étaient inconnus; il a suffi qu’ils fussent recommandés par une de nos illustrations militaires, le maréchal Canrobert, pour qu’ils fussent employés à la décoration des monuments publics. Ils sont désormais en réputation; aucune difficulté n’a pu arrêter les capitalistes qui en ont entrepris l’exploitation; on a ouvert des roules ou amélioré celles qui étaient déjà tracées. Si plus tard on élève une statue au général Canrobert, ce sera avec des marbres de son département ; mais il aura dans la mémoire de ses concitoyens un monument plus durable encore.

Il ne tiendrait qu’aux hommes éminents que la Corse a vus naître, et qui occupent actuellement une haute position, de s’assurer également la reconnaissance impérissable de leurs compatriotes. Ils pourraient assurément là mériter d’une manière spéciale, en réclamant sans cesse la mise eu œuvre des trésors de toute espèce que leur pays natal possède. Si nous appelons leur attention sur cette branche d’industrie, c’est que l’occasion s’en est présentée. Dans les réalisations de quelques-uns des vœux que nous formons pour notre patrie, ils peuvent être arrêtés par des considérations purement financières; mais ici, l’encouragement donné à l’industrie marbrière, loin de coûter à l’État, lui assurerait au contraire des bénéfices, car il se procurerait

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