CHAPITRE Ql'IXZIÈME
les baies d’arbousier. Dans les circonslances actuelles, où le vin est devenu rare, il importe de multiplier ces établissements. L’arbousier croît sans culture et acquiert des proportions colossales ; l’asphodèle envahit les champs ; la matière première est donc en abondance, et les alcools de la Corse lutteront d’autant plus avantageusement avec ceux des autres départements, qu’ils pourront être obtenus à meilleur marché.
11 ne faut pas non plus oublier le sorgho , qui est resté jusqu’à présent sans utilité.
Le rédacteur propriétaire du Journal de la Corse , M. Marchi, si connu par son dévouement aux intérêts du pays, appelle en ces termes l’attention sur le parti qu’on peut tirer de cette plante trop longtemps négligée :
« On sait que le sorgho à sucre (sagina) croît presque naturellement en Corse, et que celte plante se propage comme pour faire honte aux agriculteurs qui n’en font aucun cas ; on n’en fait pas même des balais, ou du moins on n’en fait pas la dixième partie de ceux qui nous viennent du continent ou de l’ilc de Sardaigne. Triste vérité que nous sommes forcés d’avouer, à savoir, qu’en Sardaigne on sait utiliser mieux que nous les produits du sol !
» On se rappelle que M. Lefort , directeur de la pépinière départementale d’Ajaccio, dans un rapport qu’il lit à la société d’agriculture de cette ville, fit connaître quel parti l’industrie et le commerce pouvaient tirer de celle plante, dont il avait extrait une boisson légèrement alcoolique et rafraîchissante, qui fut goûtée par les membres de ladite société, et pour laquelle il lui fut accordé une récompense honorifique.
» Cependant il en est de cette plante comme de l’asphodèle, non moins propagée en Corse, et qui n’était pas moins dédaignée. Plusieurs distilleries d’alcool d’asphodèle se sont déjà créées en Corse et ont fait de bonnes affaires. Nous formons des vœux pour que la société qui a créé la distillerie à Ajaccio exploite aussi les produits du sorgho à sucre. Pourquoi réussirait-on ici moins qu’en Afrique? En effet, nous trouvons dans les Annales de la colonisation algérienne un remarquable rapport adressé à M. le ministre de la guerre par M. Hardy, le savant directeur de la pépinière centrale du gouvernement à Alger, qui démontre que les premiers essais de culture de ce graminée ont eu un plein succès ; nous ne suivrons pas \I. Hardy dans les détails intéressants de ses expériences , mais nous croyons devoir faire connaître une partie des conclusions de son travail.
« Selon lui, un des bons côtés de la culture du sorgho à sucre , c’est l’utilité que peut fournir une notable partie des dépouilles de la plante pour alimenter le bétail, et contribuer ainsi puissamment à Ta production des engrais. C’est une large compensation à l’épuisement du sol qu’elle est susceptible d’occasionner.
« De l’examen rapide auquel je viens de me livrer, » dit M. Hardy, il résulte que la culture du sorgho à » sucre, faite d’une manière rationnelle et moyennant » cerlainesconditionséconomiques, est susceptible d’ac- » croître notablement la richesse agricole de l’Algérie et » de s’ajouter d’une manière non moins marquante aux » quatre principales productions qui y existent déjà. « Les colons, ainsi que le fait observer avec beaucoup de raison M. Hardy , ne pourront que difficilement