‹ La Corse et son avenirChapitre 179 sur 256 · CHAPITRE QUINZIÈME · texte numérisé non relu

CHAPITRE QUINZIÈME

mener cette fabrication de front avec leurs cultures. La compagnie générale (les alcools (le l’Algérie pourra en cela les suppléer, et trouvera un emploi utile des capitaux si, comme il y a lieu de l’espérer, son entreprise est conduite avec intelligence.

» Du reste, le sucre et l’alcool ne sont pas les seuls produits que l’on puisse retirer du sorgho. Comme plante tinctoriale , ce graminée offre encore de grandes ressources. Le Moniteur universel citait , dans son numéro du 9 mars, un rapport de M. Hétet, pharmacien de la marine, établissant qu’il y a dans les glumes du sorgho deux principes colorants , l’un rouge , peu soluble dans l’eau, mais soluble dans l’alcool, l’élbcr , les acides et les alcalis; l’autre jaune, très-soluble dans l’eau et dans les autres dissolvants. La matière rouge se présente sous la forme d’une poudre rougeviolet si foncée qu’elle paraît noire. On croit qu’appliquées à la teinture, ces matières colorantes pourront, dans une foule de cas, remplacer la garance. De tout cela il résulte que si l’introduction de la culture du sorgho à sucre doit être pour l’Algérie une source de richesse, nous ne voyons pas pourquoi elle ne pourra pas l’être également pour la Corse ; et nous applaudirions à la création d’une compagnie qui s’adonnerait à l’exploitation d’une plante qui renferme de si riches produits. » (Voir le Journal de lu Corse, numéro du 15 avril 1856.)

Les vins corses, qui sont très-capiteux, fourniraient pour la distillation une quantité notable d’excellent alcool.

Filatures. La filature de M. Dominici, à Bastia, suffit provisoirement aux besoins du pays; mais les planta-

lions du mûrier se propagent, les magnaneries se multiplient, quoique avec lenteur. Il deviendra indispensable de créer de nouvelles filatures à mesure que l’industrie séricicole s’étendra dans toute la contrée. Il serait fâcheux que les cocons obtenus par le travail indigène fussent expédiés sur le continent, faute de pouvoir être utilisés sur place.

La même observation s’applique au coton. Dès que sa culture sera introduite, des filatures s’établiront sans doute sur plusieurs points de la Corse pour mettre à profit cette nouvelle richesse.

Ixdigoteiiie. Nous avons dit qu’en Corse la culture de l’indigo pourrait être entreprise avec beaucoup d’avantage. Le sol et le climat s’y prêtent, et les expériences sont là pour nous donner raison. Cependant il est impossible de songer à étendre celte branche agricole avant d’avoir assuré préalablement aux agriculteurs la perspective d’un débouché sur et facile.

La main-d’œuvre de la fabrication est peu coûteuse, mais il faut avoir une connaissance exacte des procédés usités; elle n’occasionne que fort peu de frais; avec quatre ouvriers un indigotier expérimenté peut fabriquer de grandes quantités de fécule. Ainsi ce beau produit n’est pas même exposé à la difficulté que l’on rencontre sur tant d’autres marchandises, que l’on obtient dans certaines parties du monde à si bas prix qu’il n’est pas permis à l’Europe de soutenir la concurrence. Nous sommes convaincu que l’indigo ne coûterait pas plus en Corse qu’il ne coûte aux Indes, et vingt-quatre heures après sa fabrication il pourrait être rendu dans Je port de Marseille.

Nous devons reconnaître pourtant qu’une des condi-

CHAPITRE QUINZIÈME, tions sine qua non de prospérité réside dans la création d’une indigolerie en Corse.

Nous demandons, en conséquence, que le gouvernement fasse les frais de cet élablissement , dans le but d’encourager tous les petils propriétaires, qui sans cela ne pourraient cultiver l’indigo. Il serait à désirer que cette indigoterie fût placée dans un lieu convenable, au centre des cultures, afin que les cultivateurs pussent en recueillir tous les avantages. Nous voudrions aussi que l’administration nommât un indigotier expérimenté, pour la facilité de tous les propriétaires qui ne sont pas en mesure de fabriquer.

li en a envoyé aux Indes , au Sénégal ; nous ne voyons pas pourquoi il en priverait l’He de Corse.

SaVOXXERIE , FABRIQUE DF. BOUGIES STÉARIQUES ET DE CIRE.

On fabrique à Marseille pour plus de soixante millions de savon, qui se consomme dans toute la France ou s’exporte dans tous les pays.

Des savonneries qui s’établiraient en Corse se présenteraient dans d’excellentes conditions de concurrence. L’huile, la soude, la potasse, le combustible abondent, et on peut se les procurer sur place à bon marché. L’huile propre à la fabrication des savons se paye en détail , en temps ordinaire , environ 1 franc le kilogramme. L’établissement de savonneries offrirait un débouché facile et immédiat à une des productions les plus importantes du sol. Les cultivateurs encouragés, ayant la certitude d’une vente avantageuse, multiplieraient les plantations d’oliviers.

. Les mêmes compagnies pourraient fabriquer en même temps des bougies stéariques, qu’on a été jusqu’à présent obligé de faire venir du continent.

L’éducation des abeilles est très-répandue en Corse, et malgré l’imperfection des méthodes, la cire y est de qualité supérieure. Les produits en sont abondants et peuvent le devenir encore davantage, car nous savons que les anciens Corses payaient les impôts de guerre aux Romains en gâteaux de cire et de miel

Indépendamment de la consommation domestique, il faut tenir compte de celle des églises, aux besoins desquelles ne répondent pas les petites fabriques établies dans plusieurs localités. Que des spéculateurs entreprennent de créer une grande manufacture de cierges , de bougies , et pouvant produire à bas prix , non-seulement ils auront la clientèle des habitants de l’ilc, mais encore ils feront fructueusement concurrence aux autres fabricants sur les marchés du continent.

Verrerie. Toute la verrerie se tire aujourd’hui du continent, et arrive grevée de frais de transport considérables augmentés encore par le déchet. Cependant la matière de verre ne manque pas en Corse , où l’on trouve au contraire du sable de la plus grande finesse, aisément fusible et fournissant un verre d’une rare pureté. On a pu en juger par les produits de Tunique verrerie qui ait anciennement existé en Corse. Le combustible nécessaire est sous la main. Une verrerie peut donc être créée dans les conditions les plus avantageuses. Dès qu’elle serait établie, le commerce d’im-

1 i Melque Corsum cuncta bonltaic saperai, testimonio etiam Plinii,

• qui, xn capitula XWVII cl ullimi libri, (licit : Omîtes gemmer melt! 1 lier or tu nitesennt, prercipue Corsiei, Géra quoqtic opliina, optimique » niloris fit in Corsica ; et quoniam ex buxo fit , habere quamdam vim inedi- > cnminis pulatur, ut eliam Plinius ipse, Xuturalis historiée libro XXI,

• capitula xiv, dicit. « (Cyrnenis.)

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