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CHAPITRE DEUXIÈME

Après leur départ les seigneurs ultramontains restaient seuls à vaincre. Dans le principe la compagnie consentit à respecter tous leurs privilèges ; mais aussitôt que Doria, gouverneur de l’île, fut convaincu de sa force et de sa supériorité, il attaqua Raphaël de Leca, seigneur de Cinarca , qu’on soupçonnait avoir des relations avec le roi d’Aragon. Raphaël résistait bravement à ses ennemis quand le roi d’Aragon envoya à son secours huit galères chargées de troupes sous le commandement de Rerlingeri da Rillo, investi du titre de vice-roi (1455).

Les Génois poussèrent alors leurs préparatifs de guerre avec vigueur; mais ils furent inutiles, car ils eurent l’humiliation d’être battus par les troupes du comte et du vice-roi.

Malheureusement, après ses succès, Rerlingeri da Rillo dut se rendre auprès de son roi à la tête des troupes qu’il avait sous ses ordres , et Raphaël , quoique réduit à ses propres forces, put encore repousser les Génois. Malheureux sur le champ de bataille, les Génois tentèrent alors de semer la désunion et la discorde entre les divers seigneurs. Ils réussirent enfin, et on vit Vincentello d’Islria abandonner le premier le parti du seigneur de Leca; d’autres suivirent son exemple, et Raphaël, à peine soutenu par les membres de sa famille, finit par mourir dans son château (1457), après s’être défendu héroïquement.

Sa mort ne mit pas un terme à la guerre. Les seigneurs ultramontains, ayant été vaincus ou gagnés par l’intrigue, voulurent se soulever; mais n’ayant pas de forces suffisantes à cet égard, ils se rendirent auprès du roi d’Aragon pour en obtenir. Henri de la Rocca, Guil-

laume de Bozzi, Orlando d’Ornano, Giocante de Leca et Giudice d’Istria, ne purent avoir ce qu’ils sollicitaient, car le roi avait besoin de ses troupes pour soutenir la guerre dans laquelle il était lui-même engagé. Sans se décourager ils retournèrent en Corse, tentèrent quand même de lutter contre les Génois, et furent assez heureux pour s’emparer de plusieurs châteaux qu’ils avaient perdus, et pour soutenir la guerre avec avantage.

Comme les affaires de la compagnie de Saint-Georges se compliquaient tous les jours, on envoya un nouveau gouverneur, Antoine Spinola, homme de beaucoup de talents. Vincentello d’Istria, partisan des Génois, s’étant uni à celui-ci, les seigneurs de la Rocca, de Bozzi et d’Ornano se virent alors dans la dure nécessité de se rendre.

Les seigneurs de Leca, retranchés dans le Niolo, restaient à vaincre, et, à leur tour, ils mirent bas les armes, et signèrent un traité de paix ; mais, malgré la foi qu’on leur devait, Spinola fut assez infâme pour faire trancher la tête à Vincent de Leca, fils de Raphaël, et à Antoine de la Rocca, avec plusieurs membres de sa famille.

Comme il est facile de s’en apercevoir, la compagnie de Saint-Georges avait adopté des mesures de terreur pour assurer son règne ; aussi tous les seigneurs s’expatrièrent, et, par leur retraite, elle eut la souveraineté absolue du pays (1460).

Ce calme forcé fut bientôt troublé : Ludovic Campo- Fregoso, étant nommé doge, manifesta ses intentions relatives aux droits qu’avait sa famille sur la Corse, et une conspiration ourdie contre la compagnie ne tarda pas à éclater. Paul de la Rocca , Giocante de Leca , Vinceniello d’Islria, l’évêque d’Aléria, et d’autres seigneurs

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