‹ La Corse et son avenirChapitre 189 sur 256 · CHAPITRE SEIZIÈME · texte numérisé non relu

CHAPITRE SEIZIÈME

les faciliter, c’est rendre un immense service au pays ; c’est assurer à la propriété, qui est la base de la société, un élément indispensable à son existence, à sa prospérité.

La douane de Marseille, nous devons le déclarer ici, se montre trop zélée. A part les tracasseries dont sont l’objet les voyageurs venant de la Corse, elle fait valoir des prétentions injustes et vexatoires. Ainsi quiconque a dans sa malle un coupon d’étoffe non confectionnée, ou bien un objet tout neuf confectionné, est averti qu’il faut payer un droit à l’entrée; peu importe qu’on allègue que le morceau d’étoffe est un reste de robe ou de pantalon, il faut payer quand même. Et pourtant ces memes étoffes sont sorties des fabriques de France, puisque les marchands de Pile s’approvisionnent sur les marchés de Paris, de Lyon etde Rouen, ne pouvant faire des achats plus avantageux ailleurs que là, à cause des droits de la douane.

11 y a plus : il arrive souvent qu’on paye pour le même objet deux et trois fois des droits à l’entrée.

Exemple :

En 1855, ma femme et moi nous nous embarquâmes à Ajaccio pour Marseille. A notre arrivée la douane s’empressa de bouleverser nos malles de fond en comble avant de nous les délivrer. Etant nouvellement mariés, elles renfermaient des toilettes fraîches, confectionnées à Paris. Eh bien, le croirait-on! nous eussions payé des droits à l’entrée, et cela pour le tout, si nous n’eussions trouvé dans la personne d’un inspecteur de douane assez de justice et de bonne volonté pour comprendre que nos effets, quoique neufs, avaient déjà servi.

Cependant nous n’en fûmes pas quittes à si bon roar-

l,A CORSE ET SON AVENIR.

ciié : il nous fallut payer des droits pour trois mètres de velours en pièce, pour une paire de pantoufles et pour de la dentelle, tout cela acheté à Paris.

Plus tard, en ] 856, nous allâmes de nouveau en Corse, et de retour à Marseille nous eûmes à lutter contre les mêmes embarras; il fallut payer de nouveau des droits pour la même dentelle et autres objets de cette nature.

Voilà où nous en sommes.

Nous nous demandons si cet étal de choses peut légalement se perpétuer. Nous croyons que le gouvernement, soucieux des intérêts de la France et de la Corse, prendra en considération les faits que nous venons de signaler à son attention. Il est urgent de faire d’Ajaccio un port franc.

Cette proposition paraîtra, au premier abord, contraire à quelques intérêts de localité, et soulèvera les objections de quelques économistes. Mais nous la croyons motivée par la grandeur toujours croissante de Gênes et de Livourne. Quelle autre ville qu’Ajaccio peut contre-balancer cette prépondérance ? Ce n’est pas uniquement la prospérité d’Ajaccio qui nous touche ; nous ne considérons que l’utilité générale, et nous cherchons vainement en Frauce un autre point où l’on puisse, sans jeter la perturbation dans le système économique , ouvrir au commerce de la Méditerranée un immense entrepôt.

Nous ne pouvons pas pousser la prétention jusqu’à vouloir exposer ici un nouveau projet de loi. Ces questions seront abordées, nous l’espérons du moins, par des esprits plus sérieux; nous leur laissons ce soin. Il nous a suffi de révéler le mal et les abus; que d’autres étudient les principes de la mise à exécution des me-

Page 1