CHAPITRE SEIZIEME
sures propres à effacer d’une manière profitable le système prohibitif qui fait le malheur de la Corse, et contre lequel nous avons cru devoir faire entendre notre voix comme pour stimuler, pour pousser le législateur à faire entendre la sienne dans l’enceinte du Corps législatif.
Les questions que nous avons développées dans les chapitres précédents nous donnent ici une idée exacte de ce que pourrait être le commerce de la Corse si les agriculteurs et les industriels de ce pays mettaient en pratique les conseils que nous leur avons donnés. En effet une fois que l’agriculture et l’industrie auront reçu une forte impulsion, les relations internationales se multiplieront dans d’énormes proportions, et la Corse, comme d’autres contrées de l’Europe, versera en abondance sur les marchés du continent de grandes quantités de matières premières.
La Corse peut devenir un entrepôt de produits de toute espèce.
Son sol , nous l’avons constaté , est des plus fertiles, et se prête à toutes les cultures. En portant toute son activité sur les productions nouvelles que nous avons signalées, elle peut, sans altérer notablement la masse de ses richesses actuelles, créer des matières exportables d’une grande valeur, ce qui amènera nécessairement pour ses ports un nouveau mouvement commercial, augmentation pour elle d’une grande importance, puisque l’exportation des huiles et des bois qui forment la base de son commerce n’amène annuellement qu’un mouvement insignifiant.
Les huiles sont abondantes et le seront encore davantage par la multiplication des plantations d’oliviers. Nous pouvons affirmer sans craindre de nous tromper que la Corse exportera pour plus de quinze millions do francs d’huile dans vingt ans d’ici. Des oranges et des citrons s^exportent en assez grande quantité à Marseille. Cette production peut s'accroître notablement en peu de temps, et décupler l’importance de ce commerce.
La culture du mûrier tend à se répandre de plus en plus dans l’intérieur de l’ile. Elle peut devenir une source de richesse et de bonheur pour tout le pays. La quantité de cocons obtenue est dans ce moment très-restreinte, mais elle est appelée à prendre une vaste extension ; et dès lors la Corse , à l’instar de l’Italie ou de l’Asie, fournira son contingent de cocons ou de soie grége.
Les vins qu’on obtient en Corse, bien qu’ils soient mal fabriqués, sont très-bons; et mieux soignés, ils pourront être transportés avec avantage sur les marchés du continent. Jusqu’ici le commerce d’exportation des vins est peu important. Cependant il est facile de lui donner des proportions plus grandes, surtout si la cruelle maladie qui désole les vignobles doit avoir un terme.
Nous avons dit que la Corse peut produire annuellement 300,000 hectolitres de vin. La consommation des habitants est évaluée approximativement à 150,000 hectolitres. Nous connaissons la quantité de terrains cultivée en vignes et celle qui est susceptible de l’être; c’est pour cela que nous ne croyons pas nous écarter de la vérité en affirmant que la Corse pourra exporter annuellement au moins 100,000 hectolitres de l'ins