‹ La Corse et son avenirChapitre 3 sur 256 · CHAPITRE PREMIER · texte numérisé non relu

CHAPITRE PREMIER

ces grands flux de conquérants, ou n’eût laissé sur la terre natale que de pâles esclaves. Les Corses apprirent les vertus Spartiates à l’école du malheur, et les grandes catastrophes les frappèrent comme le marteau frappe le fer pour le durcir. »

Tandis que les Hollandais et les Suisses réclamaient l’assistance de nations puissantes pour reconquérir leur indépendance, les Corses culbutaient seuls leurs adversaires, brisaient Leurs sinistres espérances, et semblaient dire aux peuples opprimés :

Tâchez , comme nous, d’anéantir ces restes de servitude.

Qui ! la Corse a souffert : ses douleurs ont été aussi dures qu’injustes, car les motifs de sa résistance étaient sacrés. • .

On a voulu toucher au dépôt inviolable de la liberté, et les envahisseurs ont rencontré des cœurs ardents, des bras forts pour le défendre.

Une telle nation, un peuple aussi brave ne méritaitil pas de lasser l’infortune? Jamais il n’a désespéré de l’avenir ; la loi affermissait son courage , et dans les circonstances les plus critiques il ne s’est jamais découragé et s’en est toujours remis à Dieu et à son bon droit.

Oui, nous dirons, nous aussi, que la vertu a éléabstractivement la nourriture des cœurs de nos pères.

Si la virtù in astratla è stata il nutrimento dei cuori dei nostri antenati.

Mais laissons parler le grand philosophe du dix-huitième siècle qui s’exprime en ces termes dans le Contrat social (livre II, chapitre x) :

« Il est encore en Europe un pays capable de légis-

j> talion : c’est l’ile de Corse. La valeur et la constance » avec laquelle ce brave peuple a su recouvrer et dén fendre sa liberté mériterait bien que quelque homme » sage lui apprît à la conserver. J’ai quelque pressen- » liment qu’un jour celte petite île-étonnera l’Europe. » Voici ce que dit également le philosophe de Ferney : «Les Corses, dit-il, étaient saisis d’un violent en- » thousiasmc pour la Lberlé , et leur général Pascal » Paoli avait redoublé cette passion si naturelle , de- » venue en eux une espèce de fureur. »

Donnons aussi la parole à un patriote corse, et écoutez, lecteur, en quels termes il s’exprime devant son illustre général auquel on supposa la pensée de vouloir céder l’ile de Corse :

« Quoi! dit-il, général, le sang de tant de héros qui .» ont Sacrifié leur vie pour la liberté publique ne ser- » vira-t-il donc qu’à teindre la pourpre d’un prince » étranger? »

Quelle âme , quelle force de sentiment , quelle conviction, et à quel degré ces quelques mots ne respirent-ils pas l'amour de la patrie ? Peut-on donc à de pareils hommes refuser le juste tribut d’éloges qui leur est-dà, qu’ils ont mérité, que leur valeureuse conduite justifie?

fvous'véhérons l’an Lique, bravoure de nos pères parce que c’est notre droit, notre devoir, et nous proclamons avec orgueil à la face de tous les citoyens qu’ils ont gagné les cœurs les plus honnêtes, intéressé à leur sort les âmes les plus généreuses, excité d’une manière égalante l’admiration de toute l’Europe, lorsque toute l’Europe ne saisissait le glaive que pour étouffer dans leur berceau les sentiments les plus élevés, les actes les

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