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CHAPITRE DEUXIÈME

Les Campo-Fregoso unis à Jean-Paul de Leca étaient encore forts, et Rinuccio pensa qu’abandonné à ses propres ressources il ne serait jamais venu à bout de les vaincre. C’est pourquoi il eut recours à l’appui d’Appien IV, seigneur de Piombino. Celui-ci envoya en Corse son frère Gherardo de Montagnana (1483) pour le remplacer.

Une consulte le reconnut comte de Corse, et ses troupes marchèrent de suite contre Saint-Florent et Biguglia, qui tombèrent en leur pouvoir. Ces événements persuadèrent les Campo-Fregoso que leur puissance en Corse était devenue désormais nulle : aussi firent-ils cession de leurs droits à la compagnie de Saint-Georges (1485).

Comme nous savons déjà, celle compagnie perdit la souveraineté de la Corse en 1462; mais vingttrois ans après, ayant Jean-Paul de Leca pour allié, elle devint encore maîtresse de l’ile , après avoir vaincu Rinuccio de Leca, et obligé le comte Gherardo à rentrer en Toscane. La compagnie s’empressa , après cette victoire , d’envoyer en Corse Mathieu de Fiesco, en qualité de gouverneur avec des instructions qui lui enjoignaient de resserrer l'alliance avec Jean-Paul de Leca, et de respecter l’indépendance des seigneurs ultramontains dans leurs fiefs (1485).

Le calme se fit aussitôt; il se serait prolongé si Janus ne l’eût troublé. Jean-Paul de Leca, d’abord partisan et défenseur de la compagnie de Saint - Georges, tourna ses armes contre elle pour favoriser Janus ; mais tous deux furent vaincus après une lutte acharnée (1487).

A partir de ce moment la politique de la compagnie

s’attacha spécialement à détruire le pouvoir des seigneurs féodaux. Jean-Paul de Leca rentra en Corse pour combattre une telle injustice, mais il dut s’expatrier de nouveau (1489).

Dix ans après les Corses manifestant un grand mécontentement contre le joug oppresseur des Génois, Jean-Paul tenta encore de soulever le peuple , et l’insurrection devenait si grave que la compagnie dut envoyer dans I’ile un général habile connu sous le nom de de Negri. Celui-ci attira à lui plusieurs seigneurs ultramontains , parmi lesquels figurait Rinuccio de la Rocca, et parvint à forcer Jean-Paul à abandonner la Corse une dernière fois.

De Negri, victorieux et fier de ses exploits , se rendit à Gênes auprès de la compagnie de Saint-Georges. On lui fit ériger une statue (1501); mais le départ de Jean- Paul ne mit pas fin aux hostilités, et Rinuccio de la Rocca, d’abord allié d’Ambroise de Negri, prit les armes contre la compagnie. Vaincu dans plusieurs rencontres , il dut céder ses domaines de la Rocca à ses ennemis, qui lui donnèrent en échange une rente égale à ses revenus.

Rinuccio de la Rocca, humilié, voulut courir une autrefois la chance d’une nouvelle guerre contre la compagnie (1503); à cet effet il débarqua en Corse, se Créa des ressources, combattit pendant trois ans avec plus ou moins de succès ses adversaires, et fut enfin contraint de se retirer une seconde fois (150G). Peu de temps après, voulant profiter de certains troubles qui eurent lieu à l’occasion de la tyrannie de l’administration génoise, il mit pied à terre dans l’ile, engagea plusieurs combats, et mourut les armes à la main (1511).

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