CHAPITRE DEUXIÈME
Cette mort, celle de Rinuccio de Leca, l’exil de Jean- Paul amenèrent la chute des maisons seigneuriales d’au delà des monts.
Dès que les plus puissantes familles furent abattues, l’autorité des Génois fut rétablie , et dès lors le gouvernement suivit les traces ordinaires de tous les gouvernements usurpateurs qui se persuadent qu’ils n’ont plus rien à craindre : il devint injuste, arbitraire, et s’occupa peu de la Corse. L’administration de Pile était considérée comme un commerce, et dirigée au point de vue des recettes et des dépenses. Les Corses se plaignirent pendant longtemps au lieu de se soulever, comme ils faisaient auparavant. Ils essayèrent bien cependant de se révolter; mais n’ayant point de chef capable pour les conduire, ils étaient bientôt accablés. C’est ici que commence le rôle qu’a joué Henri II sur la scène politique de la Corse.
La France et l’Espagne venaient d’entrer en guerre. Henri II et Charles-Quint, ces deux puissants souverains, allaient engager la lutte. Une armée française, sous le commandement du général de Thermes, venait d’envahir l’Italie pour engager les hostilités; mais avant toute entreprise , de Thermes crut à propos de s’assurer un point de refuge dans la Méditerranée, et il porta ses vues sur la Corse.
Les flottes française et turque, sous le commandement des amiraux Paulin et Dragut, débarquèrent des troupes (1553) sous les ordres de Sampiero. Celui-ci
put, sans retard, et sans rencontrer de résistance, se rendre maître de la ville de Bastia.
La conquête de cette place frappa de stupeur les Génois, et, à la voix de Sampiero investi du commandement par ses compatriotes, toutes les populations de l’intérieur reconnurent avec enthousiasme l’autorité d’Henri II. Ajaccio, Bonifacio, Corle et Saint-Florent échappèrent tour à tour aux Génois. Le général français put donc se convaincre que, grâce au patriotisme et à l’influence du brave Sampiero, son expédition ne pouvait que prospérer, au grand détriment de ses ennemis.
Peu de mois sufhrent , en effet , pour chasser de l’île presque tous les Génois ; mais cet éloignement ne fut que momentané, et inspiré en partie par la tactique militaire.
Une vengeance devait être tirée : ils la méditaient ; car ils firent aussitôt après leur retraite des préparatifs de guerre immenses en vue d’une nouvelle entreprise ; et dès qu’ils furent complétés, ils se dirigèrent vers la Corse pour tâcher de ressaisir par les armes les villes qu’ils avaient peu avant livrées à la discrétion de leurs ennemis sans coup férir. Pour donner plus d’importance encore à cette grande expédition , le gouvernement de Gênes confia le commandement en chef de son armée à cet habile général déjà octogénaire connu sous le nom de Doria, et le commandement en second à Auguste Spinola, homme de grandes capacités militaires.
Les flottes firent voile pour la Corse le 10 novembre 1553; elles se présentèrent devant le golfe de Saint- Florent cinq jours après , mirent le siège devant celte ville , et ce ne fut qu’à force de sacrifices d’hommes et