CHAPITRE DIX-SEPTIÈME
l’Italie, qu’ils n’ont pas le tempsde se reproduire. Ce sont donc des capitaux persistants et reproductifs qu’il aurait fallu et qu’il faudrait avant tout attirer dans le pays. »
L’auteur ajoute, après avoir raconté l’histoire des banques qui fonctionnent dans nos colonies :
« En présence d’une expérience aussi décisive, refuserait-on de doter la Corse d’un établissement semblable à ceux des colonies? Pour être plus rapprochés de la mère patrie, son commerce, son industrie et son agriculture , inspireraient-ils moins d’intérêt ? Comme les colonies et l’Algérie, la Corse est séparée de la métropole par la mer, et, de même que ces contrées, elle ne peut jouir des bienfaits du crédit qu’à la condition que le crédit viendra se naturaliser chez elle. Nulle part le crédit ne produirait des effets plus certains, parce que nulle part le besoin ne s’en fait mieux sentir. Elle possède les trois sources principales d’où, suivant Adam Smith, découlent toutes les richesses des nations : les terres, les mines et les pêcheries; et ces trois sources demeurent stériles faute de cette grande roue de circulation qui lui donnerait une direction fécondante. »
« L’absence du numéraire ou du crédit, qui fait qu’un si grand nombre d’hectares de terre restent en friche, ne se fait pas moins sentir dans les héritages en état de culture ; il est plusieurs parties de la Corse où les frais de la récolte des blés, des olives, des chà* laignes et des autres produits , sont payés en nature. Il s’ensuit dans le taux du salaire une inégalité qui tourne le plus souvent au préjudice du propriétaire.
» Il en serait autrement si la banque lui Taisait une avance jusqu’à concurrence d’un tiers de sa récolte présumée. Non-seulement il pourrait payer ses ouvriers en argent, mais il ne serait plus pressé de vendre scs produits pour satisfaire aux besoins de sa famille. 11 attendrait les cours les plus favorables, et il pourrait même étendre ou améliorer son héritage. La main d’œuvre , qui suit toujours le capital , ne lui fera pas défaut; la population exubérante de l’Italie, en versant en Corse un nombre d’ouvriers proportionné au numéraire disponible, lui permettrait d’obtenir une réduction sur le taux du salaire.
» Qu’une banque de prêt et d’escompte, en se livrant à ce genre d’opérations, rencontre en Corse de trèsgrandes difficultés d’exécution , c’est ce que nous ne chercherons pas à mettre en doute. Mais avec un conseil d’administration composé d’hommes intelligents, prudents, connaissant les hommes et les mœurs du pays, ces difficultés ne seraient pas insurmontables.
» Ce conseil , dont l’inflexibilité serait obligée et systématique, ne consentirait à prêter aux propriétaires qui voudraient défricher que lorsque les travaux de défrichement et d’ensemencement seraient terminés et justifiés. Cette suspension du prêt n’entraînerait aucun inconvénient, puisqu’il est déjà d’usage dans le pays de ne payer les travaux de défrichement qu’après leur achèvement. Le conseil serait, en outre, armé de tous les privilèges dont jouissent les banques des colonies. Le contrat de prêt, soit qu’il s’agît d’avances à faire pour les défrichements, soit d’avances à faire sur les fruits pendants par racine, serait garanti parles récoltes ; il serait renouvelable de quatre-vingt-dix jours en