CHAPITRE DIX-HUITIEME
lous ses efforts l'émigration en Algérie. Il n’a reculé devant aucune difficulté , devant aucun sacrifice d’hommes ou d’argent, quoique des esprits à vues étroites, effrayés par les obstacles, aient osé demander l’abandon de la colonie naissante. Aujourd’hui les efforts, les sacrifices sont récompensés par de magnifiques résultats, et tout le monde sait maintenant que l’Algérie peut être pour l’Europe ce qu’était autrefois Carthage, un grenier d’abondance inépuisable.
Appliquez la colonisation à la Corse, et vous obtiendrez des résultats plus certains.
u Vous avez volé 50 millions pour placer 15, (XK) familles en Algérie, disait M. le comte de Casablanca à l’assemblée constituante en 1848; avec 50 millions vous placeriez en Corse 50,000 familles. Vos colons, nous les recevrions en frères, et chez nous ils n’auraient pas besoin d’une armée pour défendre leurs récoltes. »
M. le baron Charles Dupin disait aussi dans son rapport, à propos d’un projet de loi relatif à l’ouverture d’un crédit extraordinaire pour constructions navales et approvisionnements, à la chambre des pairs, séance du 15 juin 1845 :
«Nos populations aventureuses des Pyrénées émigrent; elles vont en grand nombre. tenter la fortune en des pays lointains, sous des gouvernements précaires et souvent spoliateurs ; au Mexique, dans la Plala, dans l’Océan Pacifique; et l’on n’apprend pas à ces populations qu’à leurs portes, sous le même climat que leur terre natale, il existe une autre terre française aussi féconde et spacieuse, où des centaines de mille hommes laborieux trouveraient à vivre en doublant, en triplant,
en quadruplant la richesse d’un sol national et d’un littoral protégé par notre pavillon. »
Mais quelle partie de la Corse faut-il coloniser?
Est-ce la côte occidentale ?
Ou la côte orientale?
Évidemment cette dernière devrait obtenir la préférence si l’assainissement était effectué ; mais les travaux ont été souvent suspendus et entrepris sur quelques points seulement, et si nous devons en juger par la négligence avec laquelle l’administration a procédé jusqu’à ce jour, il peut s’écouler de longues années avant que toutes les causes d’insalubrité aient été victorieusement combattues.
Tournons donc nos regards vers la côte occidcululc.
Déjà un exemple nous prouve les ressources qu’offre celte partie du territoire. En 167G des Grecs y vinrent s’établir, et au bout de plus d’un siècle, en 1784, ils fixèrent à Cargese le centre de leur colonie. Les terrains qui lui avaient été concédés entre l'iana et Sagone étaient improductifs, hérissés de makis. Malgré les vicissitudes qu’ont éprouvées les Grecs naturalisés , leur petite ville est une des mieux bâties de l’ile , et le territoire qu’ils avaient trouvé en friche est actuellement couvert de vignes, de pâturages, d’oliviers , d’arbres fruitiers et de jardins potagers.
Qui empêcherait une seconde colonie de s’établir? Que de terres restent encore à défricher! Depuis Calvi jusqu’au golfe de Porto, et depuis les rivages de la Méditerranée jusqu’aux montagnes, il n’y a pas un seul village, pas un seul champ cultivé; mais la végétation luxuriante des makis atteste la fécondité du sol qu’arrosent plusieurs cours d’eau, entre autres le Fango,