CHAPITRE DEUXIÈME. UT
d’argent, et grâce au concours de quatre mille hommes de troupes espagnoles, et de mille Allemands venus à l’appui des Génois, que la place capitula le 17 février 1554.
Fiers de cet exploit, les Génois, voulant assurer le triomphe de leur mission , recoururent aux moyens les plus atroces, à la sévérité la plus inique. Ils eurent la cruauté, pour obtenir de l’argent des insulaires, de piller, de ravager, et de brûler des villages entiers.
Mais Doria ne pouvait sans danger pour lui se livrer ainsi impunément à des actes aussi cruels et aussi ignominieux. Il éprouva, en effet, de grandes pertes dans son armée, et fut obligé de demander de nouveaux renforts.
Le moment était donc venu de marcher contre lui. Les officiers corses au service de la France , voulant profiter de l’affaiblissement de l’armée génoise pour l’écraser, demandèrent à combattre sous les ordres de leur brave compatriote Sampiero. Le général de Thermes y consentit.
A la tête d’une armée de cinq mille hommes , Sampiero alla en avant, combattit bravement ses ennemis à la première rencontre qui eut lieu à Silvareccio, les mit en déroute ; mais ayant reçu une balle dans la cuisse à la fin du combat , il ne put tirer tout l’avantage qu’il aurait voulu de la victoire.
Le général Spinola, humilie de cette défaite, eut aussitôt la pensée de marcher à son tour contre Ajaccio; le général de Thermes s’empressa dès lors de confier le commandement de ses troupes à un bon chef, à défaut du patriote par excellence que sa blessure retenait encore au lit.
Giacotno Santo da Mare, le Corse le plus remarquable
après Sampiero, fut chargé du soin d’organiser une armée nationale et d’aller camper dans la plaine de Morosaglia, tout près de la Casinca, où se trouvait l’armée génoise.
Les deux armées ne tardèrent pas à se heurter ; une sanglante mêlée a lieu; la mort se répand dans les rangs; le carnage est terrible; mais la valeur et l’indomptable énergie des Corses échouent contre les forces espagnoles et allemandes habilement commandées par les généraux Spinola et Lodron. Ces derniers eurent l’honneur de la victoire.
Celle catastrophe découragea le général de Thermes; il abandonna à leur propre sort les populations les plus dévouées à sa cause, et se rendit à Ajaccio. Ce départ, cet abandon imprévu jetèrent avec raison la consternation dans le cœur des habitants de la Corse , car ils se voyaient abandonnés par la France '; en effet, elle ne leur envoyait pas même les munitions dont ils avaient grand besoin pour lutter contre leurs ennemis qui ravageaient et brûlaient sans pitié leurs plus belles
* Voici ce que Sampiero écrirait à la reine mère : > Le cose notice i lino a qui tono andate per buon camino e se non fosse lo ajuto che li i nemici hanno avuto e segreto e palese, prima ventidue galere del catoi lico rc di Spagna con sei mila Spagnoli , e adesso dicci galere e quattro
> nari pure con molli Spagnoli; prometto alla M. V. che all'ura d'adesso i li avriomo ristretti in lal sorte che sariano a mal partito. Pure con
> tulto il loro ajuto sia comunque si voglia ci siam tutti risoluti di moi rire piuttosto che restar soggelti ai Genovesi in conto rernno. Perd i prego la M. V. poiche il re cattolico si è dimostrato favorevole a'
> Genovesi che sono tauto potenti c contro di noi abbandonati da tutto
> il mondo , che si vogli degnar ricordarsi délia servitù mia c délia patria ,
> sapendo con quanto bonissimo animo desideriamo far cosa che sia i grata alla corona di Francia, che ne dia in segreto opure in palese » ajuto e non volcre acconsentire che venghiamn tutti a perire nelle mani i de' nostri nemeci , etc. i (De Vico, le 10 mai 1566; tirée de la Bibliothèque impériale.)