CHAPITRE DEUXIÈME
contrées, comme pour mieux faire sentir le poids de leur colère et de leur basse vengeance *.
La situation des Corses était intéressante. Doria ne tarda pas à être rappelé, sur ces entrefaites, par la cour d’Espagne; et comme il emmena avec lui l’infanterie espagnole, les hostilités se renouvelèrent. Spinola, ayant remplacé Doria, prit des mesures en conséquence pour défendre les points que ses armées occupaient. Tandis que les généraux génois et leurs adversaires Giacomo Santo da Mare et Monteslruc se livraient à des escarmouches de peu d’importance, Sampiero, à peu près remis de sa blessure, parut à la tète d’une armée de deux mille cinq cents hommes, excita l’enthousiasme de tout le peuple corse désireux de se ranger sous sa bannière, fut nommé commandant en chef de toutes les troupes, mit à la tête de la cavalerie Giacomo Santo, confia l’infanterie française à Montestruc, et eut soin de se réserver le commandement des Corses à pied. Ainsi combinée, cette armée était prêle à combattre, et attendait l’ennemi de pied ferme.
Horace Brancadero, chef de l’armée génoise, soldat courageux et successeur de Spinola, ayant connu tous ces préparatifs, voulut éviter une rencontre avec Sampiero ; mais, malgré ses marches forcées pour le fuir, il se trouva bientôt en face de lui sur le sommet de Tenda , et là une bataille terrible et funeste aux armées génoises fut livrée avec une grande impétuosité (18 septembre 1554). Cette grande victoire coûta cher à Gênes,
1 i Sa destinée dépendait de son union avec la France. Cette union cependant ne sc lit qu'avec peine : ce fut la faute de la France. Nous nous fîmes les alliés des Génois, au lieu de nous faire les protecteurs de la Corse, cl nous aimâmes mieux tenir noire droit de Gènes que de la reconnaissance du peuple corse, üc là son énergique résistance. > (Sai.vt-.M.iuc Giuaroi.v.)
car, sans compter le nombre des morts, sept cents personnes restèrent prisonnières , parmi lesquelles figuraient Brancadero, Alexandre Spolverino, le commissaire Paul Casanova, Antoine Spinola, Giordano da Picco, et Marc-Antoine Ceccaldi.
Les Corses eux-mêmes eurent à déplorer la perte de GiacomoSantodaMare, qui trouva malheureusement la mort en poursuivant l’ennemi dans cette mémorable journée. Il termina ainsi sa carrière , après avoir , par son activité et son énergique caractère, obtenu d’abord la reddition de Bonifacio, et organisé dans la suite les milices nationales qui luttèrent avec une si grande bravoure contre les Génois, depuis que la France s’était refusée, bien à tort, de leur accorder les secours nécessaires.
Les affaires de Gènes en Corse empiraient de jour en jour; et quoiqu’elle eût eu recours aux meilleures tentatives pour arrêter ce funeste progrès, elle ne possédait plus, en 1557, que Bastia, Calvi et une partie dju cap Corse. Cependant, malgré leur mauvaise situation, les Génois n’abandonnaient pas leur prétention sur le reste de l’île, et négociaient pour en obtenir la restitution. Elle leur fut malheureusement accordée en vertu du traité de Cateau-Cambrésis, par lequel Henri II eut la faiblesse de sacrifier la Corse à l’orgueilleuse république de Gènes, malgré le dévouement dont la généralité des insulaires avaient fait preuve en sa faveur.
Tels sont les événements qui s’accomplirent en Corse durant le court séjour du général de Thermes ; examinons maintenant quelles furent les conséquences du traité dont nous venons de parler, voyons ce qui se passa depuis la reprise de l’ile par les Génois jusqu’au départ d’Alphonse d’Ornano , fils de Sampiero.