CHAPITRE DEUXIÈME
Comme première conséquence du susdit traite , la compagnie de Saint-Georges s’empressa de reprendre possession de l’île (1559), et d’établir, peu de temps après, sur toutes les propriétés sans exception, un impôt extraordinaire de 3 pour 100 pour couvrir les frais de guerre. Une mesure aussi odieuse exaspéra les Corses, et, trop faibles pour se soulever, ils se refusèrent unanimement à payer l’impôt forcé, quoique les commissaires généraux de Gènes , André Impériale et Pellegro Rebuffo, et après eux les gouverneurs Gaspard de l’Oliva et Nicolas Cibbà, aient tenté tour à tour, les uns par la violence et la tyrannie, les autres par la douceur et les promesses, de ramener les populations à l’obéissance. En présence d’un tel refus de la part de tout un peuple, la compagnie voulut modifier scs prétentions ; mais le sénat ligurien, toujours sévère, combattit toute tendance pacifique, parvint à s’emparer de la puissance exercée depuis longtemps par les" directeurs , et la Corse retomba de nouveau sous l’autorité de la république (1561).
La triste situation de la Corse à cette époque, les actes d’injustice, de brigandage, de vol, et les crimes que les Génois commettaient avec une audace effrénée, excitèrent la haine de Sampiero, de cet ardent défenseur de sa patrie, si désireux de tirer vengeance de tant de forfaits. N’ayant pu obtenir des secours des souverains de France cl de Constantinople, il n’hésita pas, n’écoulant que son patriotisme, à débarquer en Corse (1564) pour en expulser les assassins et les
ennemis de la liberté. Sa présence ranima le courage abattu des insulaires, leur inspira une nouvelle vigueur, et les disposa à une révolte générale pour terrasser les oppresseurs et les tyrans. Il marcha en avant, vainquit au Vescovoto Nicolas de Negri, qui avait sous ses ordres un corps d’infanterie génoise et plusieurs escadrons de cavalerie, livra peu de temps après un second combat dans le territoire de Caccia, où de Negri trouva la mort après avoir subi le plus humiliant échec, et fut, à la suite de celte victoire, universellement proclamé le père et le libérateur de la patrie.
De Negri tué , son armée découragée et battue , le nouveau chef, Étienne Doria, restait à vaincre, et, après lui, son successeur Vidaldi. De nouveaux succès se préparaient ; mais tandis que Sampiero était sur le point de réussir dans sa belle et glorieuse entreprise, il fut malheureusement arrêté dans sa carrière, et, victime d’une trahison qui déshonore les Génois, il fut lâchement assassiné par un scélérat nommé Vit— tolo (le 17 janvier 1567).
C’est ainsi que mourut l’homme le plus remarquable qu’il y ait eu en Corse avant Pascal Paoli et Napoléon.
« Sampiero d'Ornano, dit l’Hermite, dont la fidélité r> pour la couronne de France n’a pas été moins louée » que la valeur, continua toujours ses affections pour n l’Etat français dans l’une et l’autre fortune. Il com-
» mença le métier de la guerre dans les bandes noires, » sous Jean de Médicis, qui lui inspira l’inclination » française , qui s’est depuis rendue héréditaire à toute » sa famille. Après la mort de ce grand capitaine , le » cardinal Hippolyte de Médicis le retint près de sa » personne, et quelque temps après le donna au roi