CHAPITRE VINGT ET UNIÈME
râble , car qui ne sait que cette portion des populations rurales que ses inclinations et ses penchants entraînent hors de la vie agricole, est justement celle qui, étant la plus intelligente, pourrait le mieux seconder l’action du pouvoir, en s’efforçant de faire pénétrer le courant de la civilisation jusque dans les hameaux les plus déshérités de mouvement et de lumière?
S’efforcer de combattre cette funeste tendance des populations rurales à déserter le foyer de la famille pour aller demander aux villes la fortune et les séductions, c’est une tâche bien noble à remplir, et les comices n’y failliront pas.
Mais à quel moyen recourir pour parvenir à détourner la jeunesse des campagnes des carrières libérales et industrielles où il n’est que trop vrai qu’elle rencontre souvent la déception, la misère et le désespoir? Comment la persuader qu’il vaut cent fois mieux être un agriculteur estimé qu’un avocat sans causes et un médecin sans clientèle? C’est d’abord en prêchant d’exemple qu’on pourrait parvenir à rappeler dans les champs la jeunesse ambitieuse, c’est ensuite en lui inspirant, dès son jeune âge, le goût de l’agriculture et en accordant des primes aux pères de famiUc qui feraient de leurs fils des apprentis agriculteurs.
11 faut, et ceci est urgent, que l’école normale de la Corse entre dans la voie qu’une circulaire récente du ministre de l’instruction publique voudrait voir suivre aux écoles où viennent se former les instituteurs primaires.
L’an dernier, nous avons remarqué à un concours agricole une collection envoyée par lesélèvesd’unc école du département du Loiret, et c’est depuis que nous avons
pressenti combien le ministère de nos instituteurs de village deviendrait utile, combien leur mission grandirait du moment qu’ils pourraient donner à leurs élèves quelques notions d’agriculture et de jardinage , et diriger les travaux pratiques auxquels ils se livreraient dans un champ qui désormais ferait partie de l’école \
Sans ce complément d’instruction , l’éducation primaire des campagnes de la Corse offrira toujours une lacune *.
Les comices agricoles de la Corse auront donc à s’occuper sérieusement de celte question et des considérations que nous venons de développer.
« Toutes mes espérances de régénération morale pour la Corse , a dit Blanqui , reposent sur les enfants. Je n’en ai vu nulle part d’aussi précoces, d’aussi attentifs, d’aussi graves, d’aussi curieux. C’est une véritable race d’élite , et j’aurai bientôt occasion d’en offrir à l’Académie des preuves convaincantes. Avec de tels enfants et une telle terre , la Corse doit devenir un des plus beaux départements de la France ; il ne s’agit que de semer avec intelligence, et d’éviter que le sol soit en proie aux bruyères, et la jeunesse à l’oisiveté. »
1 Les révérends frères des écoles chrétiennes de Bastia et M. Salvador!, instituteur à Zalana , arrondissement de Corte , ont reçu déjà des primes de la part des comices pour avoir ouvert un cours d'agriculture pratique.
* • Mais nous croyons fermement, a dit M. Richard ( du Cantal), que
> la création d'un enseignement dont ta nécessité a été reconnue depuis i des siècles, ne saurait être une lettre morte. Cet enseignement est
> devenu un des besoins les plus pressants de notre époque, dans notre n pays surtout. L’instruction agricole est non-seulement exigée par l'état i de notre production alimentaire, mais elle est indispensable dans nus,
• campagnes pour y retenir les intelligences et les bras qui les déser-
• lent chaque jour et vont chercher fortune dans les villes. »