‹ La Corse et son avenirChapitre 241 sur 256 · CHAPITRE VINGT ET UNIÈME · texte numérisé non relu

CHAPITRE VINGT ET UNIÈME

De« prix rt encouragements.

Nous avons vu combien l’île de Corse est naturellement riche en diverses productions; nous avons assez longuement plaidé en leur faveur. Après cela, nous nous sommes fait un devoir de faire ressortir l’heureuse influence qu’exercent les comices dans la zone soumise à leur action ; et afin d’accomplir notre plan comme nous l’avoqs projeté , nous eroyons utile de démontrer ici ce qu’il reste à faire , dans le but de seconder l’action intelligente des comices, et de venir en aide à l’agriculture en souffrance.

Les ressources des comices se composent, avonsnous dit :

1° Du produit des souscriptions des membres sociétaires.

2° Des subventions qui sont allouées par le département et l’État. Jusqu’ici les récompenses décernées ont été très-modestes, et nous semblent peu capables d’exciter une émulation profitable. Le département est pauvre, et les subventions qu’il accorde sont naturellement en rapport avec son état de fortune. On en est donc réduit à solliciter des subventions de l’Etat. Les comices ont fait valoir les besoins du pays , ont signalé les imperfections et les lacunes qui nuisent au progrès de telles ou telles autres branches agricoles; ils ont demandé aux autorités supérieures des ressources financières, pour récompenser ceux qui voudraient concourir à l’introduction des améliorations désirables.

L’appel des comices n’a pas toujours été entendu d’une manière efficace ; les secours accordés ont été insignifiants. Pourtant quelques sacrifices de la part de l’État , dans les circonstances exceptionnelles où se trouve la Corse, seraient d’une grande nécessité et porteraient inévitablement des fruits inappréciables.

Beaucoup de choses ont besoin d’être encouragées en Corse, et le moment en est très-propice. Laisser dans l’oubli toutes les richesses qu’elle renferme, c’est à nos yeux une faute impardonnable , qui nuirait nonseulement à l’ile de Corse, mais aussi à la mère patrie, qui est directement intéressée au sort de toutes les contrées françaises. Qui mettrait en doute que les encouragements , les secours , les primes , les récompenses honorifiques, obtiendraient dans la suite les plus heureux résultats?

On dit , et un peu avec raison , que les Corses sont paresseux. Montesquieu observe que toutes les nations paresseuses sont aussi orgueilleuses, ce qui est le cas des Corses. 11 propose un bon remède pour cela : u On pourrait, dit-il, tourner l’effet contre la cause » et détruire la paresse par l’orgueil. Dans le midi de » l’Europe , où les peuples sont si fort frappés par le » point d’honneur, il serait bon de donner des prix aux » laboureurs qui auraient porté le plus loin leur in- » dustrie. Cette pratique a réussi de nos jours en Ir- » lande; elle y a établi une des plus importantes manu- » factures de toile qui soit en Europe '. »

Oui, en effet, celte pratique a réussi en Irlande et ailleurs aussi ; mais on peut affirmer qu’elle réussirait également en Corse si le gouvernement, écoulant la 1 Esprit des lois , livre XIV, chap. ir.

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