‹ La Corse et son avenirChapitre 242 sur 256 · CHAPITRE VINGT ET UNIÈME · texte numérisé non relu

CHAPITRE VINGT ET UNIÈME

voix des interprètes des besoins du pays, songeait et se décidait, en vue de faciliter le progrès, à mettre à la disposition des comices des sommes assez fortes pour récompenser ceux qui perfectionnent les cultures déjà naturalisées, et ceux qui cherchent à introduire des cultures nouvelles qui ne sont encore qu’à l’état d’essais.

« Encore une fois, ajoute Blanqui, la France ne v saurait, sans injustice pour nos concitoyens et sans ■» dommage pour elle-même , abandonner aux brous- » sailles , aux chèvres , une terre où végètent avec une » égale énergie les palmiers, les orangers, les oliviers, » les mûriers , les châtaigniers et les pins. Ce magni- » fique assortiment de toutes les richesses végétales » des pays les plus chauds et les plus tempérés , ces » plaines brûlantes et ces fraîches vallées ne sauraient i> demeurer plus longtemps stériles. »

Le système d’encouragement que nous voudrions voir régularisé étant bien entendu , combiné de manière à éviter tes abus , serait très-profitable sous tous les rapports, et n’aurait pas besoin d’être perpétuel. Ce genre de protection est essentiellement nécessaire au moins pour quelques années; car en Corse, comme partout, les industries naissantes ont besoin d’être encouragées, et ceux qui les entreprennent n’ont pas l’avantage de profiter de l’expérience de leurs prédécesseurs , puisqu’ils n’çn ont pas. Comme on le comprend aisément , ils sont toujours entraînés à des essais plus ou moins coûteux, leurs moyens de travail «ont moins parfaits. Avec des dépenses plus fortes qne celles qui sont nécessaires à une époque plus tardive, ils n’obtiennent souvent que de moindres quantités, ou

des quantités moins bonnes que le commerce n’achète qu’à bas prix.

Nous espérons que le gouvernement comprendra facilement l’utilité de notre proposition. Dans le but d’encourager l’art utile de la navigation , il accorde des primes à la pêche de la morue , ainsi qu’à celle de la baleine. Il est évident pour tous que dans cette mesure il y a une vue politique; mais ne serait-ce pas mal comprendre les intérêts de la France que de se restreindre dans cette pensée , et méconnaître les avantages qu’on recueillerait des nouvelles productions dues à l’industrie agricole ?

Les manufactures et le commerce méritent l’attention et la sollicitude du gouvernement, mais l’agriculture mérite surtout protection et encouragement; c’est principalement vers elle que doivent se tourner les pensées et les études de l’homme d’Etat et des législateurs. La France trouvera toujours plus de puissance et de prospérité dans son agriculture que dans les travaux manufacturiers, qui ne doivent être que le complément de celle-là.

« Les progrès dé l’agriculture, a dit l’Empereur,

» doivent être un des objets de notre constante sollici- » tude, car de son amélioration ou de son déclin datent » la prospérité ou la décadence des empires. » (Ouver- • ture de la session législative de 1857.)

Nous demandons en conséquence que l’Etat accorde annuellement, à titre de subvention, une somme de 50, (XK) francs, qui serait allouée aux comices des cinq arrondissements. De cette manière , les comices de la Corse auront une grande latitude, par cela même qu’ils posséderont des ressources suffisantes pour décerner

CHAPITRE VINGT ET UNIÈME, des prix d’une valeur réelle. Ces prix faciliteront inévitablement l’œuvre- de progrès, en stimulant dans le cœur des agriculteurs l’amour du travail et le désir do le perfectionner.

Nous voudrions voir établir dans chacun des cinq arrondissements vingt prix de 500 francs , qui seraient décernés à la suite de concours publics , par un jury nommé par le préfet et composé d’hommes éclairés, instruits et par-dessus tout impartiaux.

Ces prix seraient accordés :

1° A celui qui présenterait au concours le plus beau taureau produit du croisement avec une race étrangère ou indigène;

2° A celui qui aurait élevé et amélioré la race des vaches laitières ;

3° A celui qui aurait obtenu les meilleurs résultats dans ses tentatives de croisement et d’amélioration de la race chevaline;

4° A celui qui offrirait à l’appréciation du public le plus beau lot de l’espèce ovine ;

5° A celui qui aurait créé dans l’arrondissement la plus vaéte prairie artificielle, et construit en même temps, dans une propriété rurale, une étable pour abriter convenablement le bétail pendant l’biver;

6° A celui qui aurait fait la plus belle plantation d’oliviers;

7® A celui qui aurait planté le plus grand nombre de mûriers, et qui aurait obtenu les meilleurs résultats dans l’éducation des vers à soie;

8“ A celui qui aurait appliqué le mieux le système , d’assolement, et qui aurait introduit l’usage d’une

charrue à versoir, à la Dombasle, propre au labour dans les terres de plaines ;

9° A celui qui aurait drainé la plus grande quantité de terrains humides et marécageux ;

10° A celui qui aurait cultivé en grand le coton ' ;

11° A celui qui aurait consacré 4 hectares de terre à la culture du tabac, bonne espèce (dite de.Virginie);

12° A celui qui aurait obtenu la plus belle qualité de lin ou de chanvre ;

13° A celui qui aurait cultivé l’indigo, la garance ou la cochenille;

14° A celui enfin qui aurait planté le plus grand nombre d’amandiers, d’orangers ou de noyers.

Le système des encouragements et des secours ne doit pas cependant se borner à l’agriculture : l’industrie aussi doit y participer. Ainsi, à titre de secours,

■ 1 Napoléon, par la grâce de Dieu, etc.;

Sur le rapport de notre ministre secrétaire d'État au département de la guerre,

Avons décrété et décrétons ce qui suit :

Article premier.

La culture du coton en Algérie sera désormais de la part de l'Etat l'objet des encouragements ci-après :

1° Des graines continueront d’être fournies aux colons par l'administration ;

2° Pendant trois ans encore, à partir de 1854, l'Etat achètera pour son compte les rotons récoltés par les planteurs ;

3° A l’expiration de ce terme, et pendant deux autres années, des primes seront accordées à l'exportation en France des cotons récoltés en Algérie ;

4° Pendant cinq ans, à partir de 1834, des primes seront allouées & l'introduction en Algérie des machines à égrener;

5° Des prix provinciaux (trois par province) de 2,000, 3,000 et 5,000 francs seront accordés aux colons qui seront jugés avoir récolté

sur la plus grande échelle les meilleurs produits.

CHAPITRE VINGT ET UNIEME, nous voudrions voir donner également des primes de 500 francs : aux premiers moulins à huile perfectionnés, aux rqoulins à farine bien conditionnés, aux tanneries, aux usines, etc. A titre d’encouragement, nous voudrions enfin que toutes les fabrications qu’on n’a pas encore pu établir en France et qu’on pourrait introduire en Corse, en concurrence avec les autres nations, reçussent des primes semblables.

Peut-être nous trouvera-t-on trop exigeant? Aussi osons-nous à peine solliciter d’autres faveurs. II faut cependant que nous demandions tout ce qui est d’une grande utilité pour le bonheur et la prospérité de l’île de Corse.

Nous avons fait connaître au titre précédent combien il serait utile de répandre partout l’instruction pratique de l’agrtculture. Nous avons ensuite fait valoir un moyen qui noüs paraît excellent pour aboutir au but

Autre décret.

Napoléon , par la grâce de Dieu , etc. ;

Considérant qu’il est d’une haute importance pour la France d’encourager la culture du coton en Algérie ;

Voulant d'ailleurs reconnaître les efforts des colons de l'Algérie , témoigner du vif intérêt que nous n’avons cessé de porter à leurs travaux , et leur donner une preuve de notre bienveillance spéciale ,

Avons décrété et décrétons ce qui suit :

Article premier.

Un fends de cent mille francs est affecté sur les fonds de notre liste civile 4 titre d'encouragement pour la culture du coton en Algérie.

Article 2.

Au moyen de ce fonds , toutes les aimées pendant cinq ans , à partir de l'année 1854, un prix de 20,000 francs, dit prix de [Empereur, sera délivré au planteur des trois provinces de l’Algérie qui sera jugé avoir récolté sur la plus large échelle les meilleurs produits en coton , et rempli les conditions d’un programme qui sera arrêté d'avance chaque année par notre ministre de la guerre.

Il serait & désirer qu’un pareil décret parût bicntàt en faveur de la Corse. Elle en est digne, et nous aimons à croire qu’on en est convaincu.

476 LA CORSE ET SOX AVEXIR.

qu’on se proposerait d’atteindre à cet égard; il nous reste à dire que la création de cinq fermes expérimentales serait comme le complément du premier moyen , et assurerait d’une manière certaine au pays les plus beaux succès. Sans entrer dans tous les détails concernant ces utiles établissements, nous dirons qu’il est indispensable que le gouvernement adopte dans le plus court délai un plan d’exécution.

La dépense annuelle présumée de chaque ferme

serait :

Loyer d'un domaine de 30 hectarei avec bâtiments convenables et logements 1,200 fr.

Gages et nourriture de deux hommes et d’une

ménagère nourrie 800

Journées de l'année 700

Nourriture de six élèves envoyés par l'arrondissement 800

Artiste vétérinaire 200

Achat de semence de tout genre 300

Impôt et assurance 200

Charron, forgeron, ferrements 200

Bois, huile, menus frais d'entretien 250

Chaux , plâtre , engrais de tout genre 300

Vigneron et nourriture 400

Achats d’outils et de machines 500

Traitement d'un directeur 1,500

Total 7,350 fr.

Achats de la première année.

Mobilier et réparations 1,000 fr.

Taureaux et vaches étrangers 1,000

Baudet 300

Deux truies grande espèce. .' 200

l’aille et fourrage de première année 1,000

Achat de béliers et de quatre brebis étrangers. 1,000

Dépenses extraordinaires 4,500 fr.

Dépenses annuelles , . ' 7,350

Total 11,850 fr.

Pour les cinq fermes 59,250 fr.

Page 1