‹ La Corse et son avenirChapitre 243 sur 256 · CHAPITRE VINGT ET UNIÈME · texte numérisé non relu

CHAPITRE VINGT ET UNIÈME

L’État aurait donc à dépenser la première année 59,250 francs, et les années suivantes 36,750 francs. Mais il est bien entendu que chaque ferme cultivée selon les règles de l’art donnerait un très-bon produit, quelque emploi qu’on fasse du sol. En admettant que chaque ferme donne un revenu de 2,000 francs, les cinq rapporteraient 10,000 francs; il resterait par conséquent à la charge de l’Etat 26,750 francs à dépenser annuellement.

Avons-nous besoin d’établir que les résultats qu’on obtiendrait seraient immenses ? N’est-ce pas par ce moyen qu’on parviendrait à faire acquérir aux laboureurs une connaissance parfaite des systèmes d’assolement et des fourrages artificiels qu’il est urgent de cultiver? N’estce pas par ce moyen aussi qu’il serait facile d’apprendre à tout le monde à améliorer les races bovine, ovine, chevaline , et à perfectionner les outils aratoires ? Enfin ces établissements ne seraient-ils pas destinés à être de véritables ateliers d’apprentis cultivateurs ?

«Si le gouvernement, ditM. Burnouf, président du comice de Corte, dans son rapport à M. le préfet, veut , • sérieusement donner la vie à la Corse , s’il veut que sa production et sa consommation se balancent, je ne vois pour moyen que l’établissement d’une ferme-école par arrondissement.

r> Cette question a été souvent et longtemps agitée dans notre comice , nous avons trouvé la localité et les hommes, mais les moyens nous ont manqué. J’avais même été chargé de faire un mémoire et un devis de dépenses qui devait vous être adressé, monsieur le préfet ; je l’avais même commencé , mais je me suis arrêté, découragé par l’idée que nous n’obtiendrions

rien et que ce mémoire n’aurait d’autre effet que de faire voir le talent de l’auteur, ce qui n’est pas la peine. Cependant on ne peut nier que l’établissement des fermes-écoles, en émancipant l’agriculture de la Corse , n’amènerait très-rapidement le département à être en état de verser au budget sa part proportionnelle. Ce ne serait d’ailleurs qu’une avance faite une fois pour toutes, et il nous parait être d’une bonne économie générale d’immobiliser une très-minime fraction des revenus du gouvernement, et cela, une seule fois, pour faire de la Corse un département comme un autre.

» Et si nous devions faire vibrer une corde peut-être plus sensible que celle de l’intérêt, tfous pourrions dire que si la France s’est élevée au-dessus des autres peuples, elle le doit à un Corse , et qu’elle a à acquitter une dette de reconnaissance envers le pays de celui qui la mena à la conquête de l’Europe et lui donna le Code civil. »

M. Leclerc, professeur d’agriculture, a dit :

« Comme toutes les autres branches de l’étude de la nature, celle qui a pour but la connaissance des végétaux et des moyens de les faire prospérer, est basée sur des procédés certains , des théories positives , qui permettent de la considérer comme une science exacte. Sans théorie , la pratique est aveugle et insuffisante ; mais aussi sans pratique, la théorie peut souvent s’égarer. »

Si , pesant ces paroles pleines de vérité , nous réfléchissons que l'agriculture et l'horticulture sont mises en pratique par tous les agriculteurs corses , et que la théorie n’en est cependant enseignée d’une manière irrégulière que dans un cours public qui a lieu à Corte ,

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