CHAPITRE DEUXIÈME
» sa sagesse. Aussi, quoiqu’il n’eùt sous ses ordres que » des miliciens et des volontaires tumultueux , sans » provisions assurées, sans argent, sans munitions, il » savait se faire craindre de l’ennemi, le tenir à dis- » tance, battre souvent les troupes les plus aguerries, » les mieux disciplinées, et déjouer les plans des meil- » leurs généraux. Enfin c’était un grand capitaine et » un très-brave soldat. On peut même le considérer « comme le plus grand guerrier que l’Italie ait possédé » de son temps. »
Son fils, Alphonse d’Ornano, continua pendant quelques années la guerre avec plus ou moins de succès , lutta avec avantage contre les troupes de la république ; mais bientôt le parti de la modération triompha, et Georges Doria, successeur de Fornari, reçut des pouvoirs illimités de Gènes pour accélérer l’œuvre de la paix. Elle fut conclue en 1569, et une amnistie générale fut publiée, en vertu de laquelle Alphonse d’Ornano s’embarqua pour la France avec trois cents de ses patriotes. Il fut parfaitement accueilli par le roi Charles IX, qui le nomma colonel d’un régiment corse. Devenu plus tard le favori de Henri IV, il fut promu au grade de maréchal de France et de gouverneur de la Guieune ; et son petit-fils , Jean-Baptiste d’Ornano , également maréchal de France, mourut à la Bastille emprisonné par les ordres de Richelieu.
Le peuple insulaire, après une lutte longue et désastreuse, sentit enfin le besoin de goûter le salutaire bienfait du repos; ayant une croyance entière aux promesses
des Génois, il ne pensa plus qu’à jouir de la tranquillité que les derniers événements venaientde lui garantir. Mais, hélas ! ce calme ne fut pas de longue durée : le pouvoir génois, toujours perlide et parjure, abandonnant peu à peu la route qu’il avait semblé vouloir suivre, finit par devenir inique et atroce. Ce fut alors que la nation corse, qu’on croyait vaincue, sortit tout à coup de sa léthargie , s’arma avec le délire du désespoir, s’élança sur ses ennemis, et les terrassa. La victoire couronna un instant leurs héroïques efforts ; mais la république ligurienne , sur le point de succomber, appela à son secours ses alliés, et la lutte devint dès ce moment furieuse; lutte mémorable qui dura quarante ans, et pendant laquelle le peuple corse enfanta des prodiges d’énergie, de valeur, de mâle patriotisme et de noble constance !
Au début de celte gigantesque guerre, les Corses manquaient d’argent, d’armes et de munitions, n’avaient point d’appui à l’extérieur, étaient réduits à leurs propres ressources ; mais la révolte générale s’organisa quand même; elle éclata en 1729 et débuta par d’éclatants succès , grâce à ce courage , à cette fermeté d’àrac qui font entreprendre et exécuter les plus belles et les plus grandes choses ; mais , tandis que les armées génoises grossissaient tous les jours, et voulaient obtenir par les armes la domination absolue et despotique de la Corse, les insulaires , comprenant qu’il s’agissait pour eux d’une question d’affranchissement ou de servitude , eurent à cœur de confier le commandement de l’armée nationale à André Ceccaldi et à don Louis Giaferri de Talesani. Ou était décidé à mourir les armes à la main, et dans la consulte générale qui eut lieu à Corte le