CHAPITRE DEUXIÈME
Ce personnage était originaire de Westpbalie, avait été page, dans sa jeunesse, de la duchesse d’Orléans; il avait de l’instruction, et appartenait à une famille distinguée dont les membres ont tenu rang dans diverses cours. Indépendamment de ces qualités, il était entreprenant, plein de courage, très-ambitieux, et par conséquent capable d’être utile dans la lutte acharnée qui se poursuivait entre les Corses et les Génois. Se trouvant à Gènes en 1732, il sut, par sa tactique et sa finesse, se lier avec des partisans secrets des Corses, et jura de s’armer contre Gènes pour obtenir la délivrance de leur malheureux pays. Il réalisa ses promesses : le 12 mars 1736, il débarqua à Aléria avec dix pièces de canon, quatre mille fusils, vingt- cinq mille sequins , trois mille paires de souliers , sept cents sacs de blé , et une assez forte quantité de munitions.
Les principaux chefs insulaires, heureux de se voir protégés dans une circonstance aussi périlleuse pour leur patrie, lui rendirent hommage ; elle 13 avril 173G il fut proclamé roi dans une consulte générale qui se tint au couvent d’Alesani, après avoir juré à la face du peuple qu’il allait gouverner de respecter et d’observer fidèlement la constitution que la nation venait de se donner, et dont les principales dispositions portaient eu substance que la couronne du royaume de Corse était héréditaire dans la famille du baron Newkoff, et qu’il était défendu au roi de prendre aucune résolution soit en matière d’impôt, soit au sujet de la paix ou de la guerre , sans le consentement de la diète générale.
Théodore , après avoir établi le siège de son modeste gouvernement à Corte , montra la plus grande activité pour faire régner l’ordre et la régularité dans l’administration; il fît battre monnaie, parvint par son adresse et son initiative à faire entrer dans l’ile une grande quantité de munitions de guerre; aimé de son peuple, secondé par lui , il poussa vigoureusement les opérations militaires , et put parvenir à s’emparer de la place d’Algajola, dont la possession assurait un excellent port au royaume. Mais bientôt il eut à combattre la jalousie des nobles, et à lutter contre Gênes, toujours acharnée sur sa proie. Théodore avait fait aux Corses beaucoup de promesses ; comme les secours qu’il avait annoncés n’arrivaient pas , il en résulta une froideur pour le chef que la nation s’était choisi, et une consulte fut convoquée à celte occasion à Casacconi, le 2 septembre, où le roi renouvela la promesse de prochains secours, promettant que s’ils n’arrivaient pas à la fin d’octobre il entreprendrait lui-même un voyage sur le continent pour les obtenir dans le plus bref délai. La fin d’octobre arriva, et les troupes n’arrivèrent point ; Théodore se rendit alors à Aléria, où il s’embarqua pour la Toscane après avoir formé une régence composée des généraux Giaferri, Hyacinthe Paoli et Luc d’Ornano. Son voyage avait pour but de garantir de son mieux la liberté et l’indépendance de son peuple ; aussi n’hésita-l-il pas à demander à la France, à l’Allemagne, au Danemark et à la Hollande surtout, les munitions devenues nécessaires pour délivrer la Corse de la souveraineté de Gènes ; il les obtint de la Hollande seule, et chaque semaine il arrivait sur les rivages de l’ile des bâtiments chargés de matériel de