CHAPITRE DEUXIÈME
guerre de toute espèce. Pendant que ces arrivages permettaient aux Corses de poursuivre la lutte avec avantage, Gênes se vit dans la nécessité de réclamer l’appui de la France pour atteindre son but. Un traité fut conclu entre celte puissance et la république ligurienne; d’autre part, l’absence un peu prolongée de Théodore éveilla de nouvelles craintes dans tout le pays ; la situation était grave ; mais elle s’aggrava encore davantage dès que le comte de Iîoissicux, envoyé du cabinet de Versailles, débarqua en Corse au mois de février 1738. Dans le principe, la présence du général français fut généralement assez bien accueillie , car les insulaires étaient persuadés que les armes françaises n’auraient jamais consenti à les assujettir de nouveau à la république de Gênes. Mais le comte, à la tête d’un corps d’armée de cinq régiments, ayant pris ouvertement parti pour les Génois , les choses changèrent de face. Une pareille conduite devait évidemment produire la plus douloureuse impression sur tous les esprits; aussi l’indignation fut-elle générale, et les régents durent ordonner sur-le-champ une levée en masse du tiers de la population capable de manier les armes pour repousser tant d’horribles agressions. Le général français, ne pouvant vaincre ses ennemis par la force des baïonnettes, s’appliqua à les diviser en ayant recours aux manœuvres les plus artificieuses, les moins louables. Le roi Théodore, qui débarqua à Aléria sur ces entrefaites , trouva les forces du pays profondément désorganisées, et dut abandonner une seconde fois le royaume insulaire. Ce départ encouragea le comte de Boissieux, qui s’empressa de publier un édit de pacification , et de marcher dans l’intérieur
de l’ilc pour opérer le désarmement général. Les hostilités s’ouvrirent presque aussitôt entre les Corses et les Français, et nous devons dire, pour rendre hommage à la vérité , que ces derniers furent taillés en pièces et mis dans une complète déroute par les braves montagnards. A la suite de ces échecs, le général français tomba grièvement malade, et mourut le 2 février 1738. Louis XV, irrité du désastre inattendu que venaient de subir scs soldats, confia au marquis de Maillehois le commandement en chef des troupes, et mit sous ses ordres une armée très-considérable.
Les premières opérations militaires du nouveau général ayant été aussi infructueuses que celles de son prédécesseur, de nouveaux renforts furent demandés peu de temps après pour opérer la soumission de l’ile. Cependant la lutte se poursuivait encore avec la plus grande ténacité dans la partie d’outre-monls ; mais le général français, homme modéré et prudent, parvint à surmonter les obstacles, et mit un terme à la guerre (1733).
La cour de Versailles pouvait profiter de ses triomphes ; mais soit faiblesse , soit complication des affaires extérieures, elle donna ordre à Maillehois d’évacuer l’ile et de l’abandonner aux Génois (1741). Une nouvelle prise de possession, représentée par Spinola, eut donc lieu, et une insurrection éclata tout à coup.
Théodore, soutenu par les Anglais, voulant profiter de ces nouveaux troubles, débarqua à l’ile Rousse en