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CHAPITRE DEUXIÈME

1743 avec des préparatifs de guerre; malheureusement pour lui ses anciens et chauds partisans avaient succombé; et, réduit à l’impuissance, Théodore dut repartir pour aller mourir à Londres, en 1756. Après ce départ le gouvernement de Gênes et celui de la Corse rétablirent un instant leurs relations (1744). Ce ne fut qu’une courte trêve ; car la république ligurienne , ayant été entraînée par la France et l’Espagne à prendre fait et cause pour le duc de Bavière dans la guerre pour la succession impériale, Marie-Thérèse et ses alliés, voulant à leur tour susciter des embarrras au nouveau partisan du duc, promirent de secourir les insurgés corses. Le comte Rivarola, envoyé de la cour de Turin, ne tarda pas à paraître avec une flotte anglaise devant Bastia; il s’en empara, et fut proclamé à l’unanimité généralissime de toutes les troupes du pays.

L’arrivée du marquis de Cursay, à la tête de dixneuf cents hommes de troupes françaises et espagnoles, suivit de près celle de Rivarola, et les choses changèrent dès lors de face. Rivarola se retira à Saint-Florent, s’en alla de là à Turin, cl mourut quelque temps après. Le marquis crut alors le moment favorable de pénétrer dans l’intérieur de l’île ; il tenta à diverses reprises des expéditions, mais toutes échouèrent. Doué d’un caractère très-généreux, de Cursay sut apprécier les qualités éminemment élevées des patriotes qu’il combattait; il éprouva bientôt, et comme malgré lui, une grande sympathie pour eux, et atténua ainsi les maux qui les accablaient d’une manière si affreuse.

Tel fut M. de Cursay; mais les Génois, toujours jaloux et méfiants , s’étant alarmés de l’empire qu’il prenait de jour en jour sur les insulaires, ne tardèrent

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pas à demander son changement à la cour de France,

qui nomma à sa place le marquis de Chauvelin.

La nomination de GafTori , en qualité de général des insurgés corses, suivit de près le départ du marquis. Les premières opérations du nouvel élu de la Corse tendirent à s’emparer de Corle et à resserrer les Génois dans les places maritimes ; une diète se réunit à Alesani en 1753, où il fut décidé que l’on entamerait des négociations avec le gouverneur Grimaldi, en vue du rétablissement de la paix; mais tandis que tous ces faits s’accomplissaient, Gaffori, à la veille de voir sa politique couronnée de succès, fut lâchement assassiné , le 2 octobre, par son indigne frère, qu’on a eu raison de faire rouer vif en expiation de son abominable crime.

Comme on le comprend, cet assassinat indigna toute la nation ; car on savait que Gènes n’était pas étrangère à cet ignoble et coupable attentat.

Sous l’impression de la douleur, tout le pays se réunit aussitôt en consulte générale à Cortc; et là, il fut défendu, sous peine de mort, d’offrir la paix aux Génois, à quelques conditions que ce fût.

La guerre était donc imminente ; sur ces entrefaites, un grand homme, Pascal Paoli, fils ainé d’Hyacinthe Paoli, simple officier à Naples, attristé du sort de son malheureux pays, débarqua en Corse, le 29 avril 1755, avec l’intention arrêtée à l’avance de délivrer sa patrie du joug oppresseur des infâmes Génois. Arrivé dans son pays, il fut immédiatement proclamé général en

CHAPITRE DEUXIÈME, chef de l’armée nationale, et son premier soin fut d’ctudier à fond la situation de toute l’ile, d’assembler à Corte les députés de la nation, pour organiser un gouvernement sage et libéral , de se préparer enfin aussi promptement que possible à la défense.

A peine la consulte était-elle terminée, que le général Paoli dut recourir aux armes pour déjouer les projets de Marins Matra ; celui-ci tomba mort à l’attaque du couvent de Ilo/io peu de temps après.

La guerre entre la France et l’Angleterre ramena à celle époque les Français en Corse; mais ils l’évacuèrent au mois d’avril 1759. Paoli, se montrant toujours et dès ces premiers actes à la hauteur des circonstances, parvint à réduire à néant la puissance de la république ligurienne. Gènes étant vaincue, on voulut ouvrir les négociations; une consulte, assemblée dans la Casinca au mois de mai 1761, décida, d’une manière formelle, qu’on ne traiterait jamais avec la république, tant que l’évacuation du territoire, sur la base de l’indépendance, ne serait pas complètement opérée. En présence d’une telle protestation, les Génois essayèrent de rallumer la guerre civile ; Antoine Matra en était l’instrument; il débarqua à Aléria, s’en empara, et dut l’abandonner après une défense vigoureuse de quatre mois. A la suite de cet échec, la république de Gènes n’osa plus tenter de nouvelles entreprises contre les patriotes. Paoli eut aussitôt à cœur de s’occuper des améliorations nécessaires au bonheur et à la prospérité de son pays ; c’est ainsi que par son génie il pacifia l’ile en peu d’années, calma les inimitiés de famille en anéantissant la vendetta , répartit les impôts d’une manière équitable, établit un moulin à poudre, encou-

ragea toutes les exploitations , et notamment celle des mines de plomb de Barbaggio , fit construire des manufactures d’armes de toute espèce, fit battre une monnaie nationale, créa une université à Corte, poussa activement l’accroissement de l’île Rousse, devenue, grâce à lui, une ville florissante et prospère, éloigna enfin pour toujours de la Corse la maudite et insupportable domination génoise.

Tels furent les succès éclatants obtenus en peu de temps par le général P. Paoli, en dépit de mille circonstances qui s’opposaient à leur réalisation.

Paoli a été grand homme, aussi a-t-il été admiré par le monde entier. Le philosophe de Ferney a dit en parlant de lui : « L’Europe le regardait comme le législa- » leur et le vengeur de sa patrie. » Et il a dit irai, car il était en effet homme d’Etat, grand législateur, habile administrateur et fier soldat. Mais si nos lecteurs veulent avoir une idée plus exacte de l’homme qui présidait aux destinées de la Corse vers l’an 1707, qu’ils lisent attentivement les paroles suivantes, qui sont de lui : u II faut, dit-il, que notre administration ressemble à » une maison de cristal où chacun puisse voir ce qui » s’y passe. Toute obscurité mystérieuse favorise l’arv bitraire du pouvoir, et entretient la méfiance du » peuple. Avec le système que nous suivons il faudra » bien que le mérite se fasse jour, car il est presque » impossible que l’intrigue résiste à l’action épurative « de nos élections multiples, générales, fréquentes. »

11 n’est peut-être pas non plus sans importance de signaler un fait insignifiant par rapport à l’histoire générale, mais digne de remarque. Charles Bonaparte était secrétaire de Paoli; il épousa Læfitia Ramolino,

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