‹ La Corse et son avenirChapitre 4 sur 256 · CHAPITRE PREMIER · texte numérisé non relu

CHAPITRE PREMIER

plus légitimes , au lieu de faciliter la nohle conquête que méditaient ces braves insulaires : cette conquête devait avoir pour effet de dépouiller l’homme de l’asservissement dégradant dans lequel il était plongé , de l’élever dans les régions où il respire largement et se sent grandir, à mesure que les affreux sillons de l’esclavage disparaissent et s’effacent sous l’heureuse influence de la civilisation , de la saine raison de l’humanité.

« Dans cette petite île méditerranéenne, dit M. Méry, » nommée la Corse , il y a une énergie de fécondité qui » étonne ; l’antique Italie semble avoir déposé dans les » entrailles de ce rocher le secret de ce rude héroïsme n dont l’histoire nous a conservé tant d’exemples presque » fabuleux. On retrouverait aisément dans les chroni- » ques guerrières de la Corse les reproductions de tou& » les types romains , comme si le génie protecteur du » Latium eût voulu démontrer aux âges futurs, par des » exemples toujours contemporains , que l’antique hé- « roïsme de ses enfants n’a jamais été une fiction. Un » jour peut-être , j’essayerai ce travail de parrallèles » entre les Corses modernes et les vieux Romains. »

La Corse a été grande , et grande est notre fierté de pouvoir être comptés au nombre des descendants des Giudice , Sampiero , Giaferri , Gaffori ét PàOli, ces géants de l’histoire de notre île. Nous sommes fiers aujourd’hui de ce que les efforts inouis de nos ancêtres sont couronnés de succès et nous ont transmis la gloire la plus pure. Nous sommes fiers de ce que nos destinées sont liées à celles de la plus grande nation du monde , à celles de la France ; et de même que les anciens luttaient pour le bonheur de leur patrie ou-

tragée , de même les soldais corses, dont le dévouement est exempt de tout esprit de calcul, répondent avec enthousiasme à l’appel de la France, marchent à l’ennemi sans sourciller, soutiennent avec audace sur le champ de bataille l’antique bravoure de leurs pères. Nous sommes fiers de ce qu’un avenir brillant nous est réservé. Nous sommes fiers enfin de ce que notre île a donné le jour à la plus grande illustration des temps modernes , au plus habile capitaine , au plus profond législateur, au plus beau génie, à Napoléon.

La Corse, si brillante dans son héroïsme, voit ternir son éclat sous le rapport de la civilisation. Elle a fait peu de progrès dans les arts, les sciences, les lettres, l’industrie. Espérons cependant que bientôt une carrière nouvelle s’ouvrira devant elle, et que, grâce aux lumières qui pénètrent de plus en plus parmi les classes lés plus obscures, grâce à la sagesse des institutions dont elle sera de mieux en mieux dotée , grâce à l’unité de pouvoir, à la bonne administration des chefs , à la sollicitude du gouvernement, elle acquerra et dépassera même ce degré de prospérité et de bonheur qu’elle sut atteindre sous Marius et Sylla.

A cette époque une colonie y fut fondée tous les témoignagnes s’accordent à nous représenter la Corse d’alors comme florissante et prospère. Nous savons, en effet, que du temps de Pline trente-cinq villes disséminées sur toute la surface de l’ile, aujourd’hui réduites à onze, renfermaient plus d’un million d’habitants; des bras nombreux rendaient alors fécond et riche un territoire devenu plus tard inhabité et inculte. Il serait assez difficile de se rendre compte de la diminution

1 Colonie d’ Alerta sur la rive droite du Tavignano.

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